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Comment l’image est-elle employée au sein de l’école ? Cet été, le Fil des images publiait un entretien passionnant avec Bruno Devauchelle, Docteur en sciences de l’éducation, formateur et auteur de nombreuses chroniques sur l’école et le numérique. Revenant sur les contenus de cet échange, Joël Danet, contributeur du Fil des images et acteur de l’éducation à l’image, examine en quoi ils rejoignent les préoccupations de l’éducation à l’image.

A la lecture des articles de Bruno Devauchelle, nous observons un emploi de plus en plus intense du film dans le cadre de l’enseignement. Il s’agit de mobiliser la vidéo pour transmettre la connaissance, en mettant à profit la toile numérique pour développer leur diffusion et jouer sur la complémentarité des temps de cours et des temps de préparation à domicile où ces vidéos peuvent être désormais accessibles. Le film est un véhicule de connaissances qui renouvelle leur mode de transmission et, par là même, modifie le rapport de l’élève au savoir transmis. Dans le cadre de la classe inversée, « les élèves reçoivent des cours sous forme de ressources en ligne (en général des vidéos) qu’ils vont pouvoir regarder chez eux à la place des devoirs ». Véritable phénomène de mode, cette nouvelle modalité d’enseignement semble séduire à de nombreux égards, notamment parce qu’elle ouvre le temps de la classe à la discussion.

Penser la réception du film pédagogique

Eric Rohmer a réalisé plusieurs films pour la télévision scolaire.En quelque sorte, cette nouvelle donne réactualise les enjeux de l’éducation par l’image. La leçon par l’image a son histoire, depuis les films personnels d’instituteurs avant-guerre jusqu’à la télévision scolaire qui a développé une production centralisée et une diffusion concertée (avec le ministère et la direction de la télévision publique). Notons que cette expérience a favorisé l’implication de cinéastes extérieurs de renom (dans les années soixante : Resnais, Rohmer, Almendros, Marret,…). Cependant, la spécificité de ces nouveaux canaux de diffusion a fait évoluer le mode d’approche des films pédagogiques. Ceux-ci ne s’envisagent plus forcément en classe et que l’élève est supposé s’autonomiser dans l’approche qu’il en fait (il regarde – il comprend). La diffusion de la vidéo par le net s’oppose à l’antique séance de télévision scolaire en classe : aujourd’hui, plus de temps commun, plus d’espace commun, plus d’intermédiaire pour relativiser-resituer ce qui a été montré.

Prenant acte de la multiplication des écrans, Jean-Louis Comolli a rappelé l’influence des conditions de projection d’une œuvre sur sa réception par le spectateur : que devient un film envisagé sans cinéma, c’est-à-dire chez soi, parmi les repères familiers du domicile, avec la possibilité d’en suspendre sans cesse le cours, sans être porté par un public ? En transposant cette réflexion, il faudrait penser le mode de réception d’une transmission pédagogique qui passe par la vidéo en ligne, et faire une étude sur l’évolution de la localisation de cette réception, désormais privée, éclatée, virtuelle.

Qui fait les films ?

Une autre évolution est à prendre en compte : de plus en plus d’enseignants réalisent eux-mêmes leurs vidéos pédagogiques, des outils étant souvent mis à leur disposition pour y parvenir. Cette production est-elle appelée à intégrer leur gamme de compétences ? De même qu’un atelier de réalisation vidéo implique un intervenant-réalisateur, binôme de l’enseignant, dans sa mise en œuvre, de même ne peut-on pas mobiliser un même intervenant pour constituer le même binôme au moment de concevoir l’outil vidéo d’enseignement ? Qu’en est-il par ailleurs, de la centralisation de cette production, de la ligne éditoriale qu’elle suppose ? Qu’en est-il du rôle de Canopé dans cette conjoncture ?

Appliquer l’analyse des images à la production pédagogique

Selon Bruno Devauchelle, « les spécialistes de l’éducation à l’image et aux médias nous montrent la complexité des messages visuels » : ne faut-il pas dès lors initier un savoir-lire des différentes images par les élèves, y compris les films employés pour transmettre de la connaissance ? Dans une « classe inversée », par exemple, l’enseignant pourrait inviter l’élève à procéder à une analyse du support filmique avant d’approcher son contenu : identifier les choix de mise en scène, l’articulation son et images, la place de la voix, le statut donné au document (une archive, un graphique,…), etc. Il s’agirait d’articuler éducation à l’image à éducation par l’image.

Joël Danet – Vidéo Les Beaux Jours

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