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L’association Vidéo Les Beaux Jours a initié à Strasbourg une « ligne » d’ateliers vidéo intitulée « Le quartier par mes yeux ». Leur principe est de combiner l’éducation à l’image et la sensibilisation à la citoyenneté de proximité. Chaque film qui en résulte consiste en un portrait de quartier réalisé par ses jeunes habitants. Par l’enquête qu’ils ont menée, ils ont approché leur environnement comme un paysage intime, une aire de voisinage, un espace d’activités et de décision. Dans les lignes qui suivent, nous proposons de reprendre les contenus de la formation qui a accompagné la mise en place de « Quartier par mes yeux ». En premier lieu, nous esquisserons une généalogie de ces ateliers-enquêtes en rappelant les différentes contextes sociaux, éducatifs et techniques qui ont favorisé leur émergence. Nous insisterons ensuite sur l’intérêt d’examiner l’anthropologie filmée comme méthode pour « filmer l’autre » dans son cadre familier, hors des codes intégrés du reportage et du clip. Pour finir, nous aborderons la nécessité de montrer au sein même du film l’implication de ses participants au moment de son élaboration et sa mise en œuvre.

Par Joël Danet – Vidéo Les Beaux Jours


Un atelier qui consiste en une enquête menée par les jeunes sur leur quartier présente un double intérêt. D’une part, il les invite à exprimer leur rapport à leur environnement : comment le regardent-ils ? Quels agréments y ont-ils trouvé ? Quels sont leurs repères et leurs chemins, comment lisent-ils la configuration des lieux ? Quelle place s’y donnent-ils ? Les films qui en résultent sont marqués par une tension entre l’aspect générique des lieux (la chaussée, les places, les édifices…) et le regard personnel que les jeunes auront porté dessus (« ici, c’est le parc où on a l’habitude de se retrouver, là c’est le bureau de tabac où on va acheter des autocollants de joueurs … »). Avec leurs commentaires associés aux images, chargés d’affect et d’histoire, les éléments de l’espace public perdent leur neutralité, se chargent de sens selon ce qu’ils en disent.

Par ailleurs, le principe même de l’enquête les amène à s’éveiller aux réalités collectives qui façonnent cet environnement : l’activité professionnelle ou associative, la gestion municipale, le fonctionnement des services, les pratiques communautaires ou religieuses contribuent quotidiennement à l’organisation et l’animation d’un quartier. Là où je grandis, joue, rêve, m’ennuie, le politique et l’économique agissent (ou stagnent) ou manquent. A la richesse de la découverte se joint celle de l’interaction : comment un professionnel, un passant, un responsable associatif répondent–ils aux jeunes qui les interrogent ? Ou encore un élu de secteur ? Ont-ils les mots pour s’expliquer, rendre compte, dialoguer sans recourir à une technique de langage qui perdrait les jeunes auxquels ils répondent ? Pour que cette rencontre intergénérationnelle aboutisse, la situation filmique de l’atelier, avec le déploiement de matériel technique qu’elle suppose, est d’un grand secours. Il est difficile de refuser le dialogue avec des enfants ou adolescents qui la sollicitent, d’autant plus quand l’équipement dont ils sont munis leur donne la légitimité de reporters.

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