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Après Ersilia, Le Fil des images s’intéresse à NANOUK, plateforme pédagogique créée par Les enfants de cinéma spécifiquement pour accompagner le dispositif en temps scolaire École et cinéma. Son but : outiller les enseignants pour qu’ils puissent poser les jalons d’une culture cinématographique et accompagner le développement de la sensibilité artistique de leurs élèves.

Depuis 1994, le dispositif École et Cinéma permet à des élèves du CP au CM2 de découvrir le cinéma, au moyen de trois séances par an. Pour permettre à l’enseignant d’accompagner ces séances, vous édit(i)ez déjà les Cahiers de notes sur…, des documents pédagogiques très complets, rédigés par des auteurs. Pourquoi avez-vous décidé, il y a deux ans, de lancer une plateforme numérique ? Quelle est sa valeur ajoutée ?
Delphine Lizot : En premier lieu, il est important de dire que nous n’avons pas « remplacé » les anciens outils, tel que le Cahier de notes sur… ou la carte postale remise aux enfants suite à une séance (donnant accès aux parents à des informations sur les films sur le web). Tous ces outils ont été transformés au format numérique et enrichis de nouveaux contenus numériques (je pense par exemple aux extraits vidéos, aux photogrammes…) et pédagogiques (développement de modules interactifs et participatifs).

L’ouverture de la plateforme nous permet également de toucher de « nouveaux » publics : l’élève (dans le cadre pédagogique) et ses parents.

Comment est organisée l’interface de NANOUK ?
Delphine Lizot :
La plateforme NANOUK est divisée en trois espaces distincts : l’espace élève (À l’école), l’espace Enseignant (accessible via une adresse professionnelle académique) et l’espace En famille (seul espace disponible en libre accès, sans identification préalable). Nous avons pensé la plateforme en fonction des besoins réels de ces différents publics.

Comment utilise-t-on la plateforme ?
Delphine Lizot : L’enseignant peut utiliser la plateforme en amont (pour préparer la séance de cinéma et les ateliers en classe) et pendant la classe (après visionnage du film). L’outil se prête aussi bien à la séance plénière (l’enseignant face à sa classe sur le TBI) comme au travail sur ordinateur, deux par deux. L’enfant ne doit jamais utiliser la plateforme seul. Un accompagnement pédagogique est absolument indispensable.

Pour ce faire, plusieurs outils sont à la fois destinés à l’enseignant et à l’enfant, et donc disponibles à la fois dans les espaces À l’école et Enseignant. Je pense par exemple aux ricochets, qui reprend le principe d’association d’idées (une image du film visionné est rapprochée d’une autre image de film). Je pense également à l’étoilement, une vraie innovation pour l’utilisation en classe.

En revanche, seuls les enseignants ont accès au fameux Cahier de notes sur… qui comporte, pour chaque film, un résumé du film, une petite bibliographie, la liste des séquences analysées et découpées plan par plan, etc… L’enseignant peut également accéder, gratuitement, à plusieurs extraits de films, ce qui représente une vraie plus-value pour préparer ses cours.

Le parent, lui, a accès à un résumé du film, des critiques issus de Benshi.fr (site partenaire), une bibliographie. Pour le parent, il peut être important de préciser que sur NANOUK l’accès aux ressources s’effectue par le film. L’enseignant ou l’enfant sélectionne le film qui va / vient de visionner pour accéder aux ressources qui y sont reliées. Nous ne proposons pas d’accès par âge par exemple…

Quelles sont les surprises de la plateforme ?
Delphine Lizot :
L’outil le plus ambitieux de la plateforme est l’étoilement. Cet outil permet aux enseignants et à leurs élèves de visionner des extraits d’autres films du catalogue École et cinéma, « étoilés » autour de motifs relatifs au film qu’ils viennent de voir.

Par exemple, autour du film Les Aventuriers, on propose de travailler le motif de la peur. Pour ce faire, plusieurs autres extraits de films sont proposés, dont l’ouverture de La Prisonnière du désert. Ici, on va être attentifs à la musique, qui est particulièrement angoissante (son amplifié,…) ou à l’expression du visage des acteurs (plan très serré sur le visage d’un acteur qui se met à crier). À gauche de l’écran, on propose une série de questions que l’enseignant peut poser à ses élèves, pour qu’ils formulent ce qu’ils ressentent, pour attirer leur attention sur des caractéristiques de l’image. Mais toute la réussite de cet exercice réside dans la spontanéité des élèves et la capacité des enseignants ouvrir la parole, approcher petit à petit la singularité de chaque extrait / auteur, comparer, discuter, débattre… pour in fine constituer une lecture intelligente de l’image animée.

Cet exercice favorise l’approche sensible et personnelle de l’enfant tout en travaillant les notions de cinéma, les intentions de mises en scène. Pour l’enseignant, aucune connaissance cinématographique n’est nécessaire. Il est important de faire confiance aux enfants.

Et les couacs, s’il y en a ?
Delphine Lizot : 
La plupart des enseignants sont contents d’avoir accès à ces ressources, mais pour autant, travailler le cinéma n’est pas évident pour eux et un outil comme l’étoilement est très différent de leur démarche pédagogique habituelle. Nombre d’entre eux ne se sentent pas légitimes d’aller travailler des extraits, de les mettre en relation…

Pour accompagner ces enseignants, nous avons récemment travaillé, avec Réseau Canopé, sur des parcours de formation en ligne – dont un est plus particulièrement consacré à l’étoilement. Nous voulons les rassurer, les décomplexer et les aussi encourager à sortir de l’accompagnement « traditionnel ». Par exemple, les vidéos que nous proposons (première séquence) sont une alternative intéressante à l’utilisation de l’affiche et de la bande-annonce du film, trop orientée « marketing ».

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