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Depuis quelques mois, quelques années, plusieurs nouveaux sites et plateformes étiquetées “éducation à l’image” voient le jour sur internet. Parmi elles : Ersilia se positionne comme un “outil transdisciplinaire pour porter un regard construit, ludique, citoyen sur les pratiques actuelles des images”, conçu principalement pour les enseignants et leurs élèves. Sophie Briquet est responsable du projet au sein du BAL.

En quelques mots, quelle est la genèse du projet ?
Sophie Briquet : Lancée en mai 2016, la plateforme Ersilia est le fruit de l’expérience la Fabrique du regard, pôle pédagogique du BAL, qui depuis 2008 a pour objectif de sensibiliser des jeunes à l’image, pour qu’ils soient des “regardeurs actifs” du monde qui les entoure. Le BAL, qui se situe à Paris, place de Clichy, est un lieu d’exposition, de ressources, d’échanges, dédié à l’image documentaire sous toutes ses formes : photographie, vidéo, cinéma, nouveaux médias.

Dans le cadre de la Fabrique du regard, les équipes accompagnent 2000 jeunes par an en temps scolaire (6 à 20 ans), avec lesquels ils ont construit une analyse collective de l’image (contexte de l’image, nature de l’image,…). La plateforme Ersilia permet de prolonger la Fabrique du Regard, en donnant la main aux enseignants que nous ne pouvons plus accompagner, pour qu’ils puissent continuer le travail, et en transmettant notre méthodologie aux enseignants qui se situent hors Ile-de-France.

Sur votre plaquette, vous utilisez cette expression : “former à et par l’image”. Cet été, nous nous questionnions justement sur l’usage de l’image par l’Éducation nationale, pour savoir si nous nous situions davantage dans un enseignement de l’image ou par l’image. Ersilia a donc vocation à poursuivre ces deux objectifs ?
Sophie Briquet :
Oui, tout à fait. Si le point de départ de nos thématiques est toujours l’œuvre artistique, l’image est un prétexte pour réfléchir plus largement  : Qu’est-ce que l’image nous dit sur le monde qui nous entoure ? De qui, de quoi, sommes-nous les contemporains ? Nous ne sommes pas dans une approche « esthétique ». Notre objectif n’est pas que les élèves connaissent les différents plans utilisés dans un film… mais qu’ils s’interrogent sur le monde à partir des images.

Concrètement, que proposez-vous sur le site ? Des ressources, des parcours pédagogiques pour les enseignants ?
Sophie Briquet : 
Contrairement à un site de ressources pédagogiques « classique », Ersilia n’offre pas de parcours pédagogique « clé en main ». Notre approche se veut exploratoire, nous souhaitons pousser les enseignants et les jeunes à la curiosité, à construire leurs propres parcours [cf l’onglet d’accueil : Explorer]. Les ressources sont [seront] classées dans trois grandes thématiques : Image et territoire, Image et corps, Image et mémoire (en cours de production). Cette première thématique permet de comprendre que selon « qui parle » et « d’où l’on parle », le territoire prend des sens différents. Le territoire n’est pas une donnée géographique préalable. Il est constitué et habité par les hommes. Lieu de partage c’est aussi un espace critique, subversif en perpétuel mouvement.

Quatre axes que l’on retrouve sur Ersilia ont été développés par les jeunes autour de la question du territoire : pourquoi ce que l’on mange influe sur l’endroit où l’on vit ? D’où vient l’invention de la banlieue ? Comment comprendre les enjeux d’un territoire en guerre tel que le conflit Israël/Palestine à travers les yeux de ceux qui y vivent ? Dans le Johannesbug de l’Apartheid, comment les rêves d’une cité idéale ont-ils pu naître ?

Quels sont les retours des utilisateurs, à commencer par les enseignants ? Le fait que les ressources ne soient pas directement reliées à des points de programme n’est pas un frein à leur appropriation ?
Sophie Briquet :
Il est vrai que le fait de ne pas mettre en ligne des connaissances directement transmissibles oblige les enseignants à changer de posture. Ce changement de posture n’est pas évident car il les contraint à faire un pas de côté. Pour y remédier, nous avons mis en place des formations en visio conférence, en présentiel, avec le réseau Canopé, avec des académies,… En parallèle, nous envoyons tous les quinze jours un email aux enseignants [des “pastilles”] qui relient nos ressources à des points spécifiques des programmes scolaires.

Au-delà de cet accompagnement, les retours sont bons et dépassent parfois nos espérances ! Via notre « labo », un observatoire qui réunit 26 enseignants de disciplines différentes, de 18 établissements d’Ile-de-France, de Bourgogne et de Grand-Est, nous avons par exemple eu le retour d’une professeur de lettres dans un lycée parisien qui a fait créer à des collégiens de 3ème un parcours (poèmes, argumentations…) à partir de textes étudiés en classe et d’images trouvées sur Ersilia. Elle utilise Ersilia comme un « carnet d’expression ».

Quid des élèves ? La plateforme est-elle adaptée au travail en autonomie ?
Sophie Briquet :
Les élèves sont souvent plus à l’aise que les enseignants sur la plateforme. La prise en main est plus facile pour eux. Toutefois, Ersilia n’est pas un objet qui vit tout seul. Il doit être inscrit dans un projet, impulsé par l’enseignant, pour s’en servir à bon escient. 


Pour en savoir plus :
http://www.le-bal.fr/ et http://www.ersilia.fr/
À noter que depuis 2017, Ersilia est devenue accessible aux structures et réseaux dont la vocation est l’éducation citoyenne, artistique et culturelle telles que des associations, des fédérations, les bibliothèques et médiathèques, des centres culturels, des lieux d’expositions,…

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