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Si la série n’est pas un phénomène nouveau, – remontant même aux origines du cinéma et dont on trouve les racines dans le roman-feuilleton du 19ème siècle -, les années 90 et 2000 ont constitué un véritable tournant, tant au niveau de la production que de l’attention critique et universitaire dont elle a fait l’objet. Prenant acte de la diversité et de la profusion artistique des séries et du phénomène spectatoriel qui en découle, la décennie écoulée a vu de nombreuses expériences de diffusion, d’accompagnement et de réalisation se mettre en place à des échelles locales, régionales et pour tous types de publics, initiés tantôt par des salles de cinéma ou des réseaux, les pôles régionaux d’éducation aux images ou encore des festivals. Cet article propose une sélection de projets et de ressources clés.

Education et médiation : la série en débat

Diffusion, rencontres et analyses

Les festivals

Jadis cantonnée au petit écran, la série fait son entrée en salle de cinéma et dans le spectre de l’éducation aux images, en 2010, à travers le festival Séries Mania. Lancé par le Forum des images (on trouve encore sur leur site internet les vidéos Séries minutes, qui présentent en 1 mn chrono plusieurs séries marquantes), le festival se tient, depuis 2018, en région Hauts-de-France et se dote maintenant de toute une panoplie d’actions en direction du jeune public et des scolaires, à la fois durant la période festivalière et également sur l’année scolaire. Sur le site internet, est mis à disposition une section spécifiquement consacrée aux activités éducatives : quizz ; ateliers d’écriture et de réalisation ; projections accompagnées…

En 2015, l’association Havre de cinéma lance les Rencontres nationales du Havre sur les séries. Dans une approche thématique, chaque édition propose des journées d’études et de rencontres avec des professionnels et des universitaires, aussi bien sur des questions propres à la création qu’à l’accompagnement de la série ou à son enseignement.

Autre approche depuis 2014 : le réseau De la suite dans les images en Hauts-de-France lance le projet Revoir les séries en cinéma, un ensemble d’actions d’accompagnement, de diffusion et de formation, proposant films et séries, réinterrogés sous un angle pluridisciplinaire (mise en perspective cinématographique, littéraire et graphique). Sur le site (Revoir les séries en cinéma), on trouve des éditos, articles et le détail des programmes et des expériences menées avec différentes salles de cinéma et médiathèques de la région.

Des ressources… sans fin

Aujourd’hui on ne compte plus les sites dédiés aux séries, fansites, forums, annuaires, blogs critiques, etc. Heureusement, on peut y voit plus clair grâce, notamment, aux ressources bibliographiques compilées par l’ACAP, Ciclic ou Passeurs d’images  : L’Acap – Pôle régional image en région Hauts-de-France propose en ligne sur son portail ressources des vidéos sur l’histoire, la production et des présentations d’expériences autour des séries. Sur cette même page vous trouverez en téléchargement direct l’indispensable petit carnet «  Education aux images & séries  » issu de la collection, La fabrique du regard. Outre un chapitre sur l’histoire, l’écriture et la place des séries aujourd’hui, une bibliographie et un relevé de ressources, ce livret présente un ensemble d’expériences d’éducation et d’accompagnement écrites par ceux qui les ont mené.De son côté, l’association Passeurs d’images, propose un relevé détaillé de son projet Séries en images : des actions expérimentales menées par quatre régions sur le hors-temps scolaire. Là encore sont également accessibles sur cette même page en téléchargement des repères bibliographiques et professionnels.

L’agence Ciclic agence régionale pour le Livre, le cinéma et la culture numérique en Centre-Val de Loire, met régulièrement à l’honneur les séries dans son magazine en ligne Upopi (Université populaire des images). Le numéro #14 : l’esprit de série propose un large espace de réflexions, d’expériences, d’analyses et de ressources  : frise chronologique, montage vidéo sur le vocabulaire des séries, ou encore des analyses critiques sur des séries en particulier, tel The Walking Dead : rebâtir une épopée -entre autres.

Bien entendu, le CNC propose une rubrique dédiée : Séries & TV. On y trouvera des bilans et rapports en téléchargement, des informations sur des productions aidées en cours, sur les événements et rencontres nationaux, ou des entretiens avec des créateurs de séries.

Pour finir ce relevé de ressources, on peut, pourquoi pas, aller visiter le site officiel de l’association des critiques de séries A.C.S. (sic). L’actualité des sorties y est évidemment en bonne place, et on y trouvera notamment un podcast hebdomadaire, Un épisode et j’arrête, où des critiques débattent de séries en cours.

Le «  voir et le faire  » : des projets ambitieux et expérimentaux

Dans cette section, nous nous arrêterons plus particulièrement sur des projets menés, pour la plupart, par des structures déjà mentionnées précédemment.
Pour beaucoup, on constate une nécessaire complémentarité entre le «  voir  » (découvrir ensemble des séries, des épisodes) et le «  faire  » (permettre aux publics de s’emparer de l’écriture sérielle). Autre complémentarité à souligner, la mise en perspective critique, historique et analytique de la série avec le cinéma.

Pour commencer, la première expérimentation d’envergure menée par trois régions en 2018-2019, Centre-Val de Loire, Normandie et Hauts-de-France : le dispositif « Des séries et des lycéens ». Portée par deux pôles d’éducation aux images (Ciclic et Acap) et une association de diffusion cinématographique (Havre de cinéma), cette action d’éducation aux séries repose sur un triple partenariat : salles de cinéma, médiathèques, lycées. Un récit complet d’expérience est disponible sur Ciclic : des séries et des lycéens, et le projet pédagogique détaillé dans le petit carnet édité par l’Acap et déjà mentionné plus haut « Education aux images & séries ». En attendant, notamment, le bilan de l’Acap déjà rédigé mais pas encore publié, on peut cependant en tirer quelques éléments :

  • un partage et un échange facilités entre adolescents consommateurs de séries et professionnels (artistes, intervenants) autour de références plus facilement communes ;
  • le choix de s’arrêter sur une mini-série (intégralement visionnée par les lycéens) permettant une réflexion collective sur une oeuvre unique ;
  • l’appui du «  voir  » et le désir de «  faire  », autrement-dit l’alliance de la théorie avec la pratique, afin de donner des clés de compréhension historiques et esthétiques facilitant le passage à l’atelier de création ;
  • l’immersion dans un univers sériel avec des passerelles vers le cinéma et autres productions audiovisuelles ;
  • la circulation entre différents lieux culturels (salles de cinéma et médiathèques) ;
  • l’ancrage des séries dans la société contemporaine.

Dans cette même dynamique, Normandie images, avec son projet autour de La série fantastique, a construit un parcours pédagogique et historique autour de ce thème, aboutissant à la création d’une mine-série en 5 épisodes, Disparition, réalisée par 5 lycées professionnels et technologiques de la région.

Beaucoup d’autres initiatives locales ou régionales existent aujourd’hui, émanant de salles de cinéma ou de réseaux. On peut mentionner l’initiative de l’ARCI (Association Régionale des Cinémas Itinérants des Hauts-de-France) avec la série Réseaux, ou bien encore les mini-séries pédagogiques produites par l’ASCA à Beauvais dans le cadre d’un PEPS (Parcours d’éducation, de pratique et de sensibilisation à la culture) et qui poursuit la formule initiée par le projet Des séries et des lycéens (interventions théoriques et ateliers de pratiques).

Autre approche, pour finir, plus axée sur la formation des regards du grand public, le projet Revoir les séries en cinéma de De la suite dans les images. Il a notamment pour particularité d’associer films et séries en proposant des conférences thématiques en salles de cinéma, en médiathèques et en milieu scolaire. A partir de montages audiovisuels originaux, il s’agit «  d’évoquer la série en termes de mise en scène, de genres et de récits, dans une mise en relation avec des cinéastes et des films  ». Ce projet en lien avec des salles de cinéma volontaires se déclinent différemment selon les souhaits des partenaires.
Il a également permis d’établir des passerelles avec les réseaux de médiathèques en terme de formation des personnels.

Ce travail mené par et avec les médiathèques est l’une des autres originalités de beaucoup des expérimentations évoquées : l’éducation à la série auprès des publics incite à une transversalité entre associations, pôles régionaux, réseaux de salles de cinéma et médiathèques au-delà de la complexe problématique des droits de diffusion des séries.

Le site d’Images en bibliothèques s’en fait l’écho : formation, ressources, gestion des fonds, éducation, entretiens… (à noter que la plupart des articles sont réservés aux abonnés).
On peut également citer l’ACAP et l’AR2L (association régionale du livre & de la lecture) Hauts-de-France qui se sont associées pour «  proposer des contenus partagés de formation au service des bibliothécaires et des médiathécaires souhaitant développer ou consolider leur travail autour du cinéma et de l’audiovisuel  » et qui ont choisi comme première thématique : la série audiovisuelle, prolongée par un Workshop « Séries en bibliothèques » sur l’année 2018-2019.
On trouvera sur la toile de nombreuses initiatives émanant de médiathèques, cycles, conférences, expositions, etc…

Une conclusion à suivre !…

L’éducation aux séries est donc un champ en pleine expansion aux multiples expérimentations et initiatives, en réseaux ou locales. Les ressources sont innombrables, les outils en développements et les projets déjà conduits en attente de bilan et de recul.

Cette nécessaire attention pédagogique autour des séries, même si elle pose de nombreuses questions et problèmes (approches historiques, esthétiques ou sociologiques ; actions chronophages ; droits et lieux de diffusion…) nous incite à penser autrement les écrans (domestiques et collectifs). Pour la salle de cinéma, il s’agit sans doute d’un enjeu crucial : voir à ce sujet, Les séries en salle de cinéma, rencontre nationale organisée par l’Acap et De la suite dans les images lors de l’édition 2019 du festival Séries Mania. L’un des écueils serait de dissocier – voire d’opposer – l’éducation aux séries et l’éducation au cinéma, et par conséquent de négliger un questionnement sur le rapport des salles de cinéma avec une production qui ne lui est pas destinée (télévision, plateformes internet), mais qui prolonge l’histoire du cinéma !

Partage, transversalité, échange sont les mots-clés de ces expériences de la série.

Thierry Cormier


Références complémentaires

Parmi les ouvrages, dont vous retrouverez des mentions dans les différents sites déjà mentionnés, voici quelques incontournables :

L’oeil domestique : Alfred Hitchcock et la télévision (Jean-François Rauger, Rouge profond, 2014)
https://www.rougeprofond.com/produit/loeil-domestique-hitchcock-et-la-television/

Le salaire du zappeur (Serge Daney, Ramsey poche cinéma, 1988)
http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=2-86744-352-0

Les violons ont toujours raison (Louis Skorecki, PUF coll. Perspectives critiques, 2000)
https://www.puf.com/content/Les_violons_ont_toujours_raison

Les séries télévisées : forme, idéologie et mode de production (David Buxton, L’Harmattan, coll. champs visuels, 2010)
https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=32360&razSqlClone=1

Depuis 2012 aux PUF, collection monographique « La série des séries » dirigée par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Claire Sécail et Tristan Garcia (24 titres à ce jour)
http://www.jbjv.com/-Collection-sur-les-series-.html

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