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Par Joël Danet – Vidéo Les Beaux Jours.

Le milieu de la prison est un terrain intensément investi par l’éducation à l’image. Ses actions visent à développer la culture en milieu fermé afin de favoriser le maintien du lien des détenus avec le dehors et de préparer leur réinsertion. Ses principes d’atelier héritent de démarches documentaires initiées dès les années quatre-vingt. Destinées à la télévision publique, ou bien à des productions en circuit interne, ces films ont cherché à rendre compte de la réalité de la prison aux citoyens, à donner la parole à ceux qui la vivent au quotidien, à dépasser les interdits de représentation qui conditionnent tout projet de film entre ses murs.

Un des domaines privilégiés de l’éducation à l’image adressée au public adulte est le milieu pénitentiaire. Elle s’inscrit dans un souci de développement culturel en milieu fermé afin de favoriser le maintien du lien des détenus avec le dehors et de préparer leur réinsertion. La première secrétaire d’Etat à la condition pénitentiaire, nommée en 1974, évoque le “devoir de la société de ramener le délinquant sur nos rivages difficiles pour y retrouver une chance d’exister” (1). Symétriquement, un besoin se manifeste de rendre l’organisation pénitentiaire plus transparente pour opérer un contrôle de l’opinion publique sur la politique sécuritaire exercée vis-à-vis des détenus. Durant ces mêmes années soixante-dix, le philosophe Michel Foucault a attiré l’attention de l’opinion sur les zones d’ombre de l’espace social comme les prisons. Avec Pierre Vidal-Naquet et Jean-Marie Domenach, il fonde le Groupe d’Information sur les Prisons (GIP) avec l’intention de développer l’étude du système carcéral et de relayer la parole critique des détenus. Ceci eut pour effet l’entrée des médias, presse et radio, dans l’enceinte des milieux pénitentiaires. Le manifeste du GIP affirme : “Peu d’informations se publient sur les prisons ; c’est l’une des régions cachées de notre système social, l’une des cases noires de notre vie. Nous avons le droit de savoir, nous voulons savoir.”

La mise en place d’une activité culturelle en prison se situe donc à l’intersection de deux besoins : maintenir le lien des détenus avec l’extérieur, faire en sorte qu’ils ne s’abîment pas dans la solitude pénitentiaire et la désespérance sociale, et rendre accessible le milieu pénitentiaire aux citoyens qui coexistent avec lui. Quand il s’agit de film, un enjeu s’ajoute : l’introduction de l’image dans la prison enregistrant la réalité des lieux témoigne de ses conditions de séjour ; par ailleurs, la nécessité de préserver l’anonymat des détenus en masquant leurs visages prive toute réalisation d’un lieu privilégié d’expression, d’un élément cinégénique qui permet la rencontre du personnage avec le spectateur.

Un effort de développement culturel en prison se poursuit depuis le début des années quatre-vingt. Quelques jalons :

  • Depuis la création d’un service des bibliothèques en 1963, une collaboration avec les bibliothèques municipales est initiée  avec la mise en place concomitante des ateliers d’écriture
  • expériences théâtrales (Armand Gatti)
  • expériences musicales (Nicolas Frize)

Il n’est pas encore question de montrer ou de faire des films. Les premières initiatives en ce sens bénéficient de la dynamique de tournages documentaires qui se multiplient dans les murs des prisons, particulièrement celles de la région parisienne.

(1) Thierry Dumanoir, De leurs cellules, le bleu du ciel, Paris, 1994

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