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Fiche de lecture

Le culte de l’auteur : les dérives du cinéma français

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En déconstruisant le mythe du « grand auteur », Geneviève Sellier met en évidence les biais masculins, sociaux et idéologiques qui structurent encore largement l’histoire et la critique du cinéma en France, et invite à les repenser autrement.

Publié le 18/09/2026, Mis à jour le 18/09/2026

À travers une critique du modèle du « grand auteur », Geneviève Sellier analyse les normes qui ont structuré la cinéphilie et l’histoire du cinéma français. Son ouvrage met en lumière les biais de genre et les rapports de domination qui participent à la hiérarchisation des œuvres et des regards, et ouvre des pistes pour une approche plus inclusive de l’analyse et de l’éducation aux images.

Avec Le Culte de l’auteur, la chercheuse Geneviève Sellier, Professeure émérite en études cinématographiques à l’Université Bordeaux Montaigne et spécialiste des approches « genrées » du cinéma et de la télévision,  interroge ce qu’elle identifie comme une crise du modèle du cinéma d’auteur français.
Elle questionne frontalement la place centrale accordée à la figure de l’auteur, historiquement et majoritairement masculine, dans le discours cinéphile français.

Elle met en lumière les impensés d’un discours critique centré sur la singularité et l’intention de l’auteur, qui tend à reléguer au second plan les conditions de fabrication des films, leurs représentations, leurs effets sur les publics et les rapports de domination qu’ils peuvent véhiculer ou normaliser. Elle montre comment cette conception a contribué à invisibiliser les femmes cinéastes, à marginaliser certaines approches sociales et à entretenir un entre-soi culturel largement déconnecté des réalités contemporaines.

Cet ouvrage offre des clés pour déconstruire le mythe de l’auteur et ouvrir l’éducation aux images à d’autres regards, d’autres récits et d’autres pratiques.

En bref

  • Titre : Le Culte de l’auteur – Les dérives du cinéma français
  • Autrice : Geneviève Sellier
  • Éditeur : La Fabrique éditions
  • Date de parution : septembre 2024
  • Nombre de pages : 272 pages
  • Type d’ouvrage : Essai critique / histoire culturelle du cinéma
  • Publics ciblés : Enseignant·es, médiateur·rices, étudiant·es en cinéma, professionnel·les de la programmation et de la critique

Geneviève Sellier est Professeure émérite en études cinématographiques à l’Université Bordeaux Montaigne et animatrice du site Le Genre et l’écran. Ses thèmes de recherche portent sur les représentations des rapports et des identités de sexe dans le cinéma français et la réception des formes de cinéphilie féminine.

Les notions clés de l’ouvrage

La fabrication du « grand auteur » 

Geneviève Sellier retrace la construction historique du mythe de l’auteur dans la critique cinématographique française, en revenant notamment sur la politique des auteurs, née dans les années 50 et sur son incarnation par les cinéastes de la Nouvelle Vague qui ont nourri l’image d’un créateur souverain, dont le film serait avant tout l’expression personnelle. Cette vision du cinéma a contribué à sacraliser la figure de l’auteur et à lui accorder un statut d’exception.

 

Ce que le culte de l’auteur invisibilise 

L’autrice interroge les impensés de cette conception. Une partie du cinéma d’auteur, valorisé par la critique, se caractérise en effet encore aujourd’hui par des récits privilégiant la subjectivité individuelle et la singularité, négligeant les dimensions, sociales, idéologiques et culturelles des films, ainsi que les rapports de domination qui traversent leurs représentations et leurs conditions de fabrication.

 

Les femmes cinéastes encore en marge

Geneviève Sellier souligne par ailleurs le travail des femmes cinéastes qui font émerger d’autres imaginaires, en abordant notamment les thèmes de la maternité, du vieillissement, du corps ou les rapports de domination.

Si les réalisatrices sont aujourd’hui davantage présentes dans le paysage cinématographique français, elles restent pourtant confrontées à des rapports de pouvoir et aux hiérarchies qui structurent encore le secteur. La reconnaissance de nouvelles voix se heurte ainsi à la persistance d’un modèle culturel qui continue de sacraliser certaines figures.

 

Les mêmes normes toujours à l’œuvre ?

Geneviève Sellier interroge également la hiérarchie établie par une partie de la critique française entre cinéma d’auteur et cinéma populaire. Si ce dernier semble davantage en prise avec les questions sociétales, il n’échappe pas pour autant aux représentations dominantes et aux normes de genre : de nombreux films à succès accordent encore une place prépondérante aux personnages masculins et peu passent avec succès le test de Bechdel [1].

 

De l’auteur au film : changer notre manière de regarder 

L’ouvrage invite ainsi à remettre profondément en cause la sacralisation de l’auteur et à rappeler le caractère collectif de la fabrication d’un film. Geneviève Sellier interroge également la responsabilité de l’ensemble de l’écosystème cinématographique (critique, médias, institutions, festivals et professionnel·les du secteur…) dans la perpétuation de ce système et de cet entre-soi.

Ce que l’on retient

  • La critique cinématographique française a longtemps (et encore aujourd’hui) privilégié une approche centrée sur une subjectivité masculine, majoritairement blanche, sacralisant l’auteur. Cette conception a contribué à façonner des normes dominantes qui marginalisent, voire invisibilisent, des récits et des points de vue portés notamment par des femmes.
  • L’autrice mobilise des outils issus des études de genre pour révéler les mécanismes d’exclusion symbolique à l’œuvre dans la manière de parler des films, de les analyser et de les transmettre.
  • Sa réflexion invite à déplacer l’analyse de la seule intention supposée de l’auteur vers les représentations construites par le film et leurs effets. Pour l’éducation aux images, elle ouvre ainsi deux questions essentielles : de quoi ça parle ? et comment ça en parle ?
  • Elle encourage enfin à diversifier les corpus et les regards, sans les hiérarchiser, et à prendre en compte la diversité et la légitimité des émotions, des identifications et des interprétations venant des publics.

Pour aller plus loin

Cet ouvrage entre en résonance avec les débats contemporains autour de la diversité dans le cinéma, de la place des femmes derrière la caméra, mais aussi de la nécessité de diversifier les récits transmis dans les actions et dispositifs d’éducation aux images.

Il fait écho aux réflexions sur :

>> les violences sexistes et sexuelles dans le cinéma

>> la diversité des représentations,

>> la responsabilité des institutions culturelles.

 

Il est utile en complément :

  • des travaux sur le « male gaze » de Laura Mulvey,
  • des recherches sur l’histoire oubliée des réalisatrices,
  • ou encore des démarches de programmation attentives à la diversité des récits et des regards.

Ressources complémentaires

  • Geneviève Sellier, La Nouvelle Vague. Un cinéma au masculin singulier (Éditions Amsterdam, réédition 2025).
    Un ouvrage essentiel pour approfondir les analyses développées dans Le Culte de l’auteur, en interrogeant la construction genrée du canon cinéphile français.
  • Laura Mulvey, « Visual Pleasure and Narrative Cinema » (1975)
    Texte fondateur sur le male gaze, sur les régimes de regard et les représentations des femmes au cinéma.
  • Laure Murat, Une révolution sexuelle ? (Editions Stock 2018)
    Une réflexion accessible sur les transformations des normes culturelles et des rapports entre art, morale et liberté d’expression à l’ère de MeToo, notamment dans le champ du cinéma.
  • Dossier Objectif 50/50 : différents regards sur la place des femmes dans le cinéma (derrière et devant la caméra). Un ensemble de ressources et de pistes de réflexion sur les questions de parité et de genre dans le cinéma et l’éducation aux images.
  • Le site internet Le Genre et l’écran