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Sur le site Politiques de la culture, Nathalie Montoya, maître de conférences à l’Université Paris Diderot, revient sur le regard critique que portent les médiateurs culturels sur leur projet de démocratisation culturelle, à partir d’enquêtes menées entre 2003 et 2008 auprès de praticiens.

L’auteur relève trois héritages critiques qui nourrissent l’image que les médiateurs ont de leurs pratiques : « une critique issue des sciences sociales qui dénonçait l’ignorance […] de l’inégale distribution des dispositions à fréquenter et apprécier les objets culturels ; une critique issue des tenants d’un idéal de démocratie culturelle, soucieux de réhabiliter les cultures populaires ; et enfin une accusation d’inefficacité qui est venue nourrir une posture sceptique et désenchantée à l’égard du projet de démocratisation de la culture. »

La critique sociologique
Les travaux de Bourdieu révélant que l’art n’est accessible qu’aux élites, la nécessité d’une éducation à l’art voit le jour. L’auteur cite par exemple un animateur des CEMEA : « Nous ne croyons pas à la magie du “choc culturel” et ne pouvons nous satisfaire d’une médiation qui se limiterait à mettre des publics, fussent-ils jeunes, nouveaux ou défavorisés, en contact avec une œuvre. »
Nathalie Montoya décrit plusieurs pratiques de médiateurs culturels qui n’apprennent pas seulement à appréhender les œuvres mais aussi à se comporter dans les lieux culturels, ceux-ci intégrant des codes de conduite pouvant être intimidants.

La réhabilitation des cultures populaires
À partir des années 1990, la critique d’un projet de démocratisation culturelle élitiste engendre certaines activités au sein des institutions culturelles : valorisation de « la parole des spectateurs, des visiteurs, des amateurs […] ».

L’accusation d’inefficacité
« À la fin des années 1980, les enquêtes menées par le Département d’Étude et de la Prospective (DEP) du ministère de la Culture accréditent le constat que les inégalités sociales en matière de pratiques culturelles (telles que les définissent les enquêtes) perdurent. »
Face aux critiques que ces enquêtes engendrent les médiateurs adoptent plusieurs positions :
– affirmer que leurs actions touchent des échantillons « trop modestes pour être perçus et évalués par de grandes enquêtes statistiques » ;
– mettre en avant « l’ouverture des possibles et la diminution des barrières symboliques d’accès aux équipements culturels » favorisés par leurs projets ;
– décrire le « moment de grâce » qu’ils vivent régulièrement avec leurs publics, quand « quelque chose se passe » entre le médiateur, l’art et le public.

L’enquête de Nathalie Montoya dresse au final le portrait de médiateurs culturels à la fois délestés de certaines illusions et résolument engagés dans des actions dont ils ne doutent pas du bien fondé.

Nathalie Montoya est maître de conférences à l’Université Paris Diderot, Laboratoire du Changement social.

Lire l’article dans son intégralité 
MONTOYA, Nathalie (2012), Les médiateurs culturels et la démocratisation de la culture à l’ère du soupçon : un triple héritage critique. [en ligne] In : Comité d’histoire du ministère de la Culture et de la Communication, Centre d’histoire de Sciences-Po Paris, La démocratisation culturelle au fil de l’histoire contemporaine, Paris, 2012-2014. Disponible sur : http://chmcc.hypotheses.org/346. [mis en ligne le 28 avril 2014]

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