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Fiche métier

Réalisateur·rice de versions audiodécrites (VAD)

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Fiche sur la profession de réalisateur·rice de versions audiodécrites (VAD)

Publié le 02/02/2026, rédigé par Valentine Canal, diplômée du Master “Médiation culturelle et études visuelles” du département “Culture et communication” de l’Université Toulouse Jean Jaurès, en service civique au sein du festival Cinélatino au pôle des actions éducatives et scolaires d’octobre 2025 à juin 2026.

Mis à jour le 02/02/2026

“Ce programme est disponible en audiodescription”. Vous avez sûrement déjà entendu cette voix avant de voir un film à la télévision. Mais qui se cache derrière le processus créatif des versions audiodécrites ? Le·a réalisateur·rice de versions audiodécrites joue un rôle clé dans l’inclusivité culturelle. Malgré son essor, ce métier reste précaire, souvent exercé en indépendant et sans diplôme officiel, et confronté à des défis de rémunération, de régulation et aux risques liés à l’intelligence artificielle. Chaque année depuis 2018, les “Marius de l’audiodescription” récompensent ces voix invisibles qui contribuent à faire du cinéma une expérience partagée avec le plus grand nombre.

Définition du métier

Un·e réalisateur·rice de versions audiodécrites (VAD), est un·e auteur·rice spécialisé·e dont la mission est de favoriser l’immersion des spectateur·rices en situation de déficience visuelle  au sein d’œuvres (audio)visuelles. Dans le cadre du cinéma, iel rédige un texte descriptif qui sera interprété en voix-off dans les silences de la bande-son afin de transmettre oralement les informations visuelles essentielles pour percevoir le projet audiovisuel d’un cinéaste.

 

Activités et étapes de travail

  • Visionnage et analyse de l’œuvre : visionnage intégral du film  pour s’imprégner de l’univers narratif, de l’intrigue et des personnages. Analyse du tempo général afin d’adapter la cadence de l’audiodescription à la respiration de l’œuvre.
  • Travail d’écoute : visionnage des séquences sans regarder l’image pour repérer ce qui n’est pas compréhensible uniquement par le son.
  • Écriture de la version audiodécrite : hiérarchisation des informations, le temps disponible étant limité par les silences entre les dialogues. Précision lexicale et ajustement du vocabulaire, nécessitant parfois des recherches spécifiques pour s’adapter au mieux au contexte historique ou social du film. 

La charge de travail des réalisateur·rice·s de versions audiodécrites varie d’un jour à l’autre. Par exemple, la réalisatrice de versions audiodécrites Méryl Guyard produit en moyenne une dizaine de minutes de film par jour, avec un temps de travail d’environ une heure pour une à deux minutes de contenu. Ce rythme peut toutefois varier fortement, pouvant atteindre jusqu’à 30 minutes quotidiennes ou, au contraire, tomber à zéro lors de journées sans inspiration.

En France, une charte de l’audiodescription existe depuis 2008 [1] proposant “un cadre éthique” invitant les professionnel·les de l’audiodescription à adopter une posture objective, à décrypter l’œuvre pour la transmettre de façon précise et discrète, jusqu’à devenir “cette petite voix qui chuchote à l’oreille du spectateur”[2]. Cette charte est cependant critiquée par certain·es professionnel·les de l’audiodescription qui contestent sa légitimité en raison de son élaboration, sans concertation large et de son approche analytique du cinéma, au détriment de l’approche sensible.

  • Relecture et validation : Travail en co-construction avec un·e relecteur·rice professionnel·le en situation de déficience visuelle. Séances d’échange pour tester la compréhension, la fluidité et la pertinence des choix descriptifs. Il est très rare que les cinéastes s’impliquent dans le processus de rédaction de la VAD.
  • Interprétation et post-production : Enregistrement de la voix par un·e comédien·ne ou par l’audiodescripteur·rice iel-même si sa voix est jugée adaptée en collaboration étroite avec l’ingénieur·e du son. Iel cale précisément la VAD avec la bande son et effectue le mixage sonore afin qu’elle s’intègre harmonieusement au film, sans masquer les éléments sonores importants.

Chaque année, le prix du “Marius de l’audiodescription” est remis en amont de la cérémonie des Césars afin de distinguer la meilleure version audiodécrite parmi celles des films en lice pour le César du meilleur film. Organisée depuis 2018 par le CNC et la CFPSAA [3], cette distinction contribue à donner de la visibilité aux versions audiodécrites ainsi qu’aux professionnel·les qui participent à leur création. Les films en lice pour la 9e édition des Marius sont : L’Attachement de Carine Tardieu, Dossier 137 de Dominik Moll, La Petite Dernière de Hafsia Herzi et Nouvelle Vague de Richard Linklater. L’Académie des Césars a par ailleurs retenu Un simple accident de Jafar Panahi dans sa sélection officielle. Toutefois, en l’absence de version audiodécrite disponible, le film ne peut être éligible au Marius 2026. Cette situation met en lumière le manque d’inclusivité persistant au sein de la production cinématographique française.

Conditions d’exercice

En France, les réalisateur·ices de versions audiodécrites exercent majoritairement sous des statuts indépendants, principalement comme intermittent·es du spectacle ou en tant qu’auto-entrepreneur·es. Le salariat au sein de sociétés de productions audiovisuelles est rare. Cette activité est plutôt solitaire et s’exerce souvent en télétravail. La charge de travail annuelle varie selon les périodes et les  délais de production peuvent être restreints dépendant du calendrier des sorties cinéma et télévision.

Le 1er janvier 2020, le CNC a mis en place des mesures pour améliorer l’accès au cinéma pour les personnes en situation de handicap sensoriel. La présence de sous-titrage sourds et malentendants (SME) et d’une version audiodécrites sont désormais obligatoires pour qu’un film obtienne l’agrément des investissements délivré par le CNC. Cette obligation concerne tous les supports de diffusion (salles, DVD, VOD, télévision), garantissant ainsi que chaque nouveau film français agréé (soit environ 225 par an) soit accessible à l’ensemble des publics francophones en situation de déficience sensorielle [4]

La décision du CNC de 2020, conditionnant l’obtention de l’agrément des investissements des films français à la remise des fichiers d’audiodescription et de sous-titres pour les sourds ou malentendants par les équipes des films avant la distribution de ces derniers a renforcé les exigences pesant sur réalisateur·ice·s de versions audiodécrites et les laboratoires de post-production, parfois au détriment du temps consacré à la relecture et à la révision des textes des VAD.

 

Formation

En France, le métier de réalisateur·rice de versions audiodécrites ne fait l’objet d’aucun diplôme d’État ni certification obligatoire, ce qui rend son accès théoriquement ouvert à tous·tes. Des formations professionnelles payantes existant depuis 2014, ou encore des initiatives portées par l’association Retour d’image et l’INA, puis par l’École TITRA [5], ont contribué à la professionnalisation du secteur. Ainsi, en dépit de son essor, au gré des évolutions des politiques d’accessibilité, le métier reste marqué par de fortes fragilités. L’absence de diplôme, de régulation et de cadre de formation favorise une saturation du marché, une concurrence accrue entre les professionnels du secteur et une dévalorisation des rémunérations. Certain·es professionnel·les dénoncent des tarifs très bas proposés par des laboratoires de post-production, contribuant à la précarité du secteur.

Fiche métier : réalisateur·rice de versions audiodécrites (VAD)

Rémunération

Les réalisateur·rices de versions audiodécrites sont généralement payé·es à la minute de film, avec une prime pour les productions destinées au cinéma par rapport à celles diffusées directement à la télévision. Selon les recommandations du Guide de l’audiodescription : principes essentiels, outils d’évaluation et bonnes pratiques professionnelles: “Le tarif minimum recommandé est de 25 € bruts la minute (auteur-collaborateur compris, et hors consultant ou collaborateur déficient visuel).”[6] Concernant les relecteur·ice·s en situation de déficience visuelle : “Le tarif forfaitaire préconisé se situe entre 200 et 250 € bruts. Ce forfait devrait être augmenté en fonction de la durée et de la difficulté de l’œuvre.”[7]

 

Quand l’absence de régulation du métier et l’essor de l’IA font mauvais ménage

En décembre 2023, des professionnel·les de l’audiodescription, mobilisé·es au sein du SNAC, ont alerté sur les risques liés à l’intelligence artificielle, notamment l’utilisation de leurs textes pour entraîner des IA sans consentement. En effet, l’interprête et réalisatrice de versions audiodécrites Tatiana Taburno s’indigne : “Via ces algorithmes, les logiciels vont emmagasiner une mémoire colossale et l’IA pourra opérer une mise en lien de toutes ces données, mais une mise en lien dénuée de sensibilité.” [8]

Ainsi, dans cet article, les professionnel·les impliqués dans la création de VAD revendiquent un cadre éthique et juridique clair pour protéger leur travail et freiner la tendance croissante de faire appel à l’IA plutôt qu’à des personnes en chair et en os pour écrire et interpréter les VAD.

 

Conclusion

La réalisation de versions audiodécrites apparaît aujourd’hui comme un maillon essentiel de la chaîne de l’accessibilité culturelle. Si les avancées réglementaires ont permis d’ancrer progressivement les VAD parmi les pratiques de production audiovisuelle reconnues et institutionnellement soutenues, elles s’accompagnent encore de fragilités structurelles dans un contexte international marqué par le développement de nouveaux outils technologiques. 

Ainsi, une version audiodécrite d’un film représente bien plus qu’une contrainte technique : elle participe pleinement de la création cinématographique et de l’accès aux œuvres pour toutes et tous. Sa reconnaissance non seulement institutionnelle, mais aussi économique et symbolique, constitue ainsi un levier déterminant pour faire de l’inclusivité cinématographique non plus une exception, mais une composante ordinaire de la production culturelle.

Par Valentine Canal, diplômée du Master “Médiation culturelle et études visuelles” du département “Culture et communication” de l’Université Toulouse Jean Jaurès, en service civique au sein du festival Cinélatino au pôle des actions éducatives et scolaires d’octobre 2025 à juin 2026.

[1] Publiée le 10 décembre 2008 par les auteurs de versions audiodécrites Laure Morisset et Frédéric Gonant, sous l’égide de la délégation interministérielle des personnes en situation de handicap, de professionnel·le·s de l’audiovisuel, d’associations de personnes aveugles et malvoyantes et des instances gouvernementales.

[2] Cinéma et accessibilité, Ministère de la Culture, consulté le 15 février 2015 (P.33)

[3]  Confédération Française Pour La Promotion Sociale Des Aveugles Et Amblyopes

[4] Le CNC s’engage pour le sous-titrage et l’audiodescription des films français à destination des personnes en situation de handicap, CNC, 24 février 2020

[5] Audiodescription : Nouvelle formation pour les collaborateurs aveugles, Retour d’image, consulté le 9 mai 2025.

[6] Elaboré en 2018 sous l’égide de l’Arcom, par des auteurs d’audiodescription, des représentants des publics déficients visuels (la Confédération Française Pour La Promotion Sociale Des Aveugles Et Amblyopes et son panel) et des collaborateurs aveugles ou déficients visuels à l’écriture de versions audiodécrites. P.15

[7]  ibid. P.15

[8] Une entrée collective des audiodescriptrices et audiodescripteurs au Snac – Un entretien avec Dune Cherville, Cécile Mathias, Tatiana Taburno, audiodescriptrices, et Ouiza Ouyed, relectrice d’audiodescriptions”, Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs, consulté le 3 mai 2025.