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Malgré le confinement, le cinéma l’Alhambra à Marseille a maintenu son engagement auprès de la communauté éducative en créant de toutes pièces le projet intitulé Un jour – un court. Amélie Lefoulon, directrice adjointe, nous explique comment le projet a été mis en œuvre.

Le Fil des images : Quel est le principe du projet Un jour – Un court ?
Amélie Lefoulon : Comme son nom l’indique, l’idée était de proposer au visionnage un court métrage par jour (d’école), aux élèves du CP à la terminale. Après chaque visionnage, les élèves prennent le temps de revenir sur ce qui a été vu en répondant aux petites consignes qui sont proposées (écriture, discussion, dessin, émotions,…).

Pourquoi avoir mis en place ce projet ? Quelle était votre motivation ?
Amélie Lefoulon : Durant la première semaine du confinement, nous nous sommes tout de suite questionnés sur la manière d’assurer une continuité culturelle, notamment auprès de la communauté éducative dont nous sommes partenaires. Dès les premiers jours, les enseignants et les coordinateurs REP avec qui nous étions en contact nous ont fait par de leurs inquiétudes et de leurs doutes. D’une part, sur la façon dont les familles allaient gérer les écrans. D’autre part, face à l’ensemble des contenus accessibles sur la toile, trop vastes.

À la fin de la première semaine de confinement, le Kinétoscope a annoncé un accès gratuit aux enseignants. Nous avons alors eu l’idée d’élaborer une proposition concrète et facilement accessible sur la plateforme en ligne.

À la fin de la 2e semaine, nous avons informé Unis Cité Méditerranée de cette démarche (dans le cadre de la mission Cinéma et citoyenneté [i], des jeunes en service civique travaillent aussi sur des courts métrages avec les collèges et lycées. Unis Cité a immédiatement voulu prendre part à l’aventure, permettant ainsi à tous les volontaires momentanément sur le carreau de pouvoir poursuivre leur mission. En leur déléguant la programmation pour le cycle 4, ils ont pu développer des contenus novateurs et numériques, avec des propositions plus fun pour les adolescents (souvent en faisant lien avec ce qui avait été vu lors des formations à l’Alhambra). De notre côté, cela faisait totalement sens de continuer notre travail d’inclusion avec des jeunes de tous les âges en leur laissant la responsabilité de proposer des choses.

Pourquoi proposer un court métrage par jour ?
Amélie Lefoulon : Ce projet est vraiment né d’une intuition, qui répondait aux craintes de chacun sur l’usage des écrans, la question du rythme de l’enfant et le besoin de continuité culturelle. Les psychologues et pédopsychiatres ont fortement recommandé aux familles de maintenir un rythme et rituel quotidien pendant le confinement. Avec Un jour – un court, on s’inscrit dans une régularité, qui “marque” les jours scolaires et non scolaires. C’est par ailleurs un rituel qui peut se vivre en famille. Nous avons d’aillleurs eu beaucoup de retours sur des séances partagées, et cela nous ravit…

Quels étaient les enjeux ? Comment a été défini le périmètre de la proposition ?
Amélie Lefoulon : Plusieurs paramètres nous ont conduit à imaginer Un jour – un court sous cette forme. Dans un premier temps, nous avons décidé de cibler des contenus adaptés aux différents cycles scolaires – en excluant les élèves de maternelles, pour qui la question des écrans est complexe, et pour qui d’autres propositions sont plus adaptées au niveau pédagogique.

Ensuite, nous nous sommes attachés à faire une proposition ludique qui ne soit pas trop longue car il était montré que les élèves avaient déjà, au travers des contenus fournis par les enseignants, suffisamment de travail, et que le travail de suivi des parents était déjà conséquent. Nous avons donc choisi des courts métrages d’une durée de 10 minutes maximum et imaginé des activités de 30 minutes maximum. Bien entendu, nous avons tenu compte de l’âge des enfants dans les activités accompagnant le film. Par exemple, il y a plus d’exercices d’écriture pour le cycle 4 que pour le cycle 2.

Au-delà du critère de durée, nous avons choisi des films qui fonctionnent « tout seuls », en évitant ceux « qui frottent » et nécessitent l’accompagnement d’un adulte. Enfin, il nous fallait aussi élaborer une programmation variée pour permettre aux élèves de découvrir le court métrage dans toute sa diversité : animation, documentaire, expérimental, répertoire…

Comment s’est passée la mise en place ? Quelle a été la méthodologie de mise en œuvre, les contraintes, les cadres ?
Amélie Lefoulon : Nous avons lancé ce projet sans savoir qui allait en faire quoi et sans avoir une idée précise de la durée dans laquelle on s’inscrivait avec l’inconnue du confinement. Il était essentiel de concevoir des programmations qui puissent fonctionner en autonomie d’une semaine sur l’autre (si jamais les enseignants et élèves ne suivent pas le projet toutes les semaines) mais qui puissent aussi se répondre entre elles pour ceux qui répondent présent chaque nouveau lundi (des enseignants ont fait les 4 semaines d’affilée par exemple). Un retour sur les usages sera nécessaire pour établir un bilan de l’aventure…

Pour l’instant, quels sont les retours ?
Amélie Lefoulon : Les retours sont très enthousiastes, à la fois du côté des élèves, des familles, que de la communauté éducative.

Certaines familles nous ont raconté qu’ils organisaient des séances tous ensemble. Ce temps de visionnement est même devenu un rituel pour certains, avant le repas par exemple. Les enfants ont joué le jeu des activités (discussions, dessins, écriture de textes, création d’affiches et de carnets de cinéma, etc) et font part de belles découvertes (en terme de diversité du court métrage).

Les enseignants nous ont quant à eux remerciés d’avoir poursuivi la collaboration avec une proposition simple d’accès et bien ficelée.

Notre petit plaisir a été de voir qu’une jolie connexion s’est faite entre l’école Saint-Henri Rabelais et la maison de retraite Les Opalines, à proximité de l’Alhambra. Au début du confinement, il avait été proposé aux élèves d’envoyer des textes aux résidents pour qu’ils se sentent moins seuls. Cette correspondance s’est poursuivie au travers d’Un jour – un court, autour des films visionnés par les résidents et les élèves de 3 classes (CP, CE2 et CM2)…

[i] Mission initiée par le CNC. Les Pôles régionaux d’éducation aux images y sont associés, au travers de formations dispensées aux jeunes.

Pour plus d’informations sur le projet et le détail des programmations, c’est ici.

Projet mené en partenariat avec l’Agence du court métrage et Unis Cité Méditerranée.

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