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Genèse des ateliers de programmation

Les ateliers de programmation se sont développés crescendo depuis le début des années 2000. D’abord initiés par des acteurs de terrain, qui, à l’occasion de festivals par exemple, confiaient aux participants le choix d’un ou plusieurs films à partir de critères plus ou moins formalisés (intérêt au regard d’un thème donné, popularité des films, qualités formelles), c’est l’Agence du court métrage qui lança en premier un travail de fond pour formaliser, structurer une méthodologie et créer des outils pour l’ensemble des acteurs de l’éducation à l’image. L’enjeu : (faire) penser le choix des films comme un véritable processus réflexif, accompagné par un intervenant professionnel, avec un objectif pédagogique déterminé, à savoir parvenir à élaborer une programmation ayant sa propre cohérence.

Lorsque Philippe Germain et Yann Goupil, respectivement directeur et responsable du service Education au cinéma de l’Agence du court métrage, commencent à réfléchir à cette nouvelle proposition d’atelier pédagogique, les dispositifs scolaires Ecole et cinéma, Collège au cinéma et Lycéens et apprentis au cinéma, et plus généralement l’action éducative dans le domaine du cinéma, sont en plein essor. L’Agence du court métrage entend participer à ce mouvement en valorisant la forme courte (peu présente dans les catalogues des trois dispositifs scolaires) et le potentiel éducatif dont elle est porteuse. Au départ, on trouve la volonté de proposer des ateliers en prise directe avec le catalogue de l’Agence du court métrage et qui se démarqueraient de propositions plus “classiques” tout en créant des passerelles : créer un lien entre pratiquer et regarder.

Yann Goupil rappelle que le point de départ de cette nouvelle approche pédagogique consistait pour lui à « interroger les mots » et en premier lieu le terme « court métrage » qui ne renvoie finalement à aucune réalité effective. Quelque soit sa durée, cela n’a pas finalement pas grand sens de qualifier un film de « court ». La durée objective d’un film a souvent peu à voir avec l’expérience que l’on en fait laquelle entre davantage en relation avec la notion « d’amplitude », poursuit Yann Goupil. Quelle serait la limite entre un film « long » et un film « court », si ce n’est celle officielle et somme toute arbitraire des 60 minutes ? Quant au terme « métrage », il ne désigne plus grand-chose à l’heure du numérique où les mètres de pellicule ont été transformés en données immatérielles. Enfin, la programmation, entendue dans le sens qui nous concerne (et non pas en tant que programmation dans le domaine de l’informatique par exemple), désigne le fait de choisir des films « à l’avance » pour les montrer lors d’une projection dont ne peut jamais prédire ce qu’elle suscitera chez les spectateurs. Autrement dit, on anticipe, on prépare et on tente de prévoir ce qui ne peut pas l’être. Ce regard sur l’acte de programmer s’inscrit en ligne directe avec la pratique d’Henri Langlois, co-fondateur de la Cinémathèque française, qui voyait dans ce geste une façon de créer un dialogue, une circulation entre les films ou, si l’on se place du côté de leur réception, de nouvelles perceptions, de nouvelles intelligences chez les spectateurs. Le recours au court métrage avait (et a toujours) l’avantage indéniable sur le long métrage de permettre le visionnage d’un corpus suffisamment large en quelques séances seulement et de composer un programme varié pour la restitution.

Suzanne Hême de Lacotte

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