Cet ouvrage d’Iris Brey est une adaptation du manifeste Le regard féminin, une révolution à l’écran, pensée pour les adolescent·es et illustrée par Mirion Malle. Structuré en chapitres thématiques, il propose un véritable « kit de déconstruction du regard » et invite à analyser les images afin d’ouvrir la voie à des représentations plus diverses.
Publié le 13/05/2026, Mis à jour le 13/05/2026
Dans Sous nos yeux – Petit manifeste pour une révolution du regard, Iris Brey questionne les regards dominants et interroge la manière dont le cinéma et les médias mettent en scène les corps, les désirs et les identités. En alternant concepts, chiffres et exemples puisés dans la pop culture, le livre donne aux ados des clés pour adopter un regard critique et découvrir des œuvres plus justes, diversifiées et inclusives. Les illustrations de Mirion Malle ne se contentent pas d’accompagner le texte : elles incarnent visuellement les mécanismes décrits, rendent les concepts accessibles et participent à la pédagogie du regard.
En bref
- Titre : Sous nos yeux – Petit manifeste pour une révolution du regard
- Autrice : Iris Brey
- Illustratrice : Mirion Malle
- Éditeur : Éditions La Ville brûle
- Date de parution : 2021
- Nombre de pages : 63 pages
- Type d’ouvrage : Essai illustré / manifeste jeunesse
- Public ciblé : Adolescent·es (à partir de 13 ans), enseignant·es, éducateur·ices, professionnel·les de l’image
Iris Brey est autrice, chercheuse et critique de cinéma, spécialiste des représentations de genre à l’écran. Docteure en études cinématographiques, son travail explore la manière dont les images façonnent nos imaginaires. Elle est l’autrice de Le regard féminin – une révolution à l’écran (2020) et intervient régulièrement dans des programmes d’éducation aux images.
Mirion Malle est autrice de bande dessinée, illustratrice et diplômée en études féministes. Ses œuvres abordent avec sensibilité et humour les questions de genre, de sororité, de santé mentale et de représentations dans les médias. Elle s’est fait connaître avec Commando Culotte (2016), analyse féministe de la pop culture. Son travail, engagé et accessible, vise à donner des outils d’émancipation aux jeunes lecteur·ices tout en renouvelant les imaginaires visuels.
On peut apprendre à regarder différemment. Et ce regard, c’est un pouvoir.
Iris Brey
Les notions-clés de l’ouvrage
Le pouvoir des images & les stéréotypes de genres
Le livre part de ce constat : nous vivons toutes et tous dans un monde saturé d’images — films, séries, jeux vidéo, publicité, pornographie — qui influencent notre manière de penser, de ressentir, d’aimer. Iris Brey souligne que ces images ne sont jamais neutres : elles véhiculent des normes et des représentations souvent dominantes. Une grande partie de la production visuelle est façonnée par le regard masculin, ce qui limite la diversité des récits et des points de vue. Ces représentations façonnent les perceptions, influencent les comportements et participent à la construction de notre vision du monde.
Une histoire critique du cinéma
Iris Brey met en lumière les femmes qui ont façonné l’industrie dès ses débuts, avant d’être effacées des récits officiels. Elle rappelle qu’au début du cinéma hollywoodien, le milieu était paritaire, jusqu’à ce que la crise de 1929 relègue les professionnelles au second plan. En s’appuyant sur les travaux de Laura Mulvey, Iris Brey rappelle aussi comment le star system a imposé ses normes de beauté et ses figures désirables, consolidant un imaginaire façonné par le regard masculin. Si la visibilité de grandes cinéastes émerge dans les années 1970 et progresse encore aujourd’hui, les œuvres réalisées par des hommes restent largement majoritaires[1]. Ce déséquilibre continue d’influencer les récits : les personnages féminins demeurent fréquemment cantonnés à des rôles stéréotypés ou secondaires, au point que nombre de films peinent encore à satisfaire le test de Bechdel[2].
Male gaze vs Female gaze ?
Iris Brey invite à repérer le male gaze, ce point de vue qui présente les femmes comme des objets de désir. En s’appuyant sur des films et des séries, elle identifie les procédés visuels (ralentis, gros plans, mouvements appuyés) qui contribuent à sexualiser et à objectiver les personnages féminins. Nommer ces mécanismes, c’est en prendre conscience et affiner son regard critique. Sans condamner toute œuvre construite depuis un point de vue masculin, l’autrice rappelle l’emprise de ce regard dominant sur notre culture visuelle qui perpétue des modèles rigides de masculinité et de féminité.
Le pouvoir transformateur de la fiction
Iris Brey souligne ainsi la responsabilité des créateur·ices dans la représentation des expériences sensibles. Elle montre aussi le pouvoir transformateur de la fiction lorsque les images sont pensées avec un regard conscient et pluriel, capable d’ouvrir d’autres imaginaires et de renouveler notre manière de voir.
Iris Brey appelle à explorer les œuvres qui déploient un female gaze, jalonnant son livre de recommandations cinéphiles. Loin d’être l’envers du male gaze, ce regard consiste avant tout à partager l’expérience d’un personnage féminin : entrer dans sa subjectivité, ressentir ses émotions, percevoir le monde à travers sa sensibilité. Pour identifier ce regard, Brey propose plusieurs critères : une mise en scène ancrée dans la perception du personnage féminin, un récit construit depuis son point de vue, et l’attention portée à des expériences longtemps marginalisées. En donnant toute leur valeur narrative à ces expériences, le female gaze élargit les imaginaires et multiplie les possibilités d’identification pour les spectateur·ices. Il devient ainsi un outil essentiel pour renouveler les représentations et construire une culture visuelle plus inclusive.
Ce qu’on en retient…
Les images ne sont jamais neutres : elles racontent le monde depuis un point de vue situé. Depuis des décennies, le male gaze façonne une grande partie de nos récits visuels, en sexualisant les corps féminins, en véhiculant des clichés sur les identités et en centrant les histoires sur des figures masculines, blanches et cisgenres.
Face à cet héritage, l’ouvrage d’Iris Brey propose une alternative puissante : le female gaze qui restitue la complexité des personnages féminins, leurs émotions, leurs expériences, et ouvre la voie à d’autres manières de percevoir et de raconter.
Il ne s’agit pas d’opposer deux regards, mais de rendre visibles les mécanismes qui orientent nos imaginaires, afin d’apprendre à créer et à voir autrement.
Ce manifeste rend accessible une réflexion théorique complexe. Il encourage les jeunes à devenir des spectateur·ices actif·ives et est une porte d’entrée idéale vers des débats sur les stéréotypes, les rôles genrés, le sexisme dans les images, ou la diversité des représentations.
[1] En France, 23% des films tournés entre 2006 et 2016 ont été réalisés ou co-réalisés par des femmes.
Ressources complémentaires
- Iris Brey, Le regard féminin – une révolution à l’écran (Éditions de l’Olivier, 2020) : ouvrage original théorique sur le female gaze.
- Laura Mulvey, « Visual Pleasure and Narrative Cinema » (1975) : texte fondateur sur le male gaze, sur les régimes de regard et les normes de représentation.
- Mirion Malle, Commando Culotte (Editions Ankama, 2016) : bande-dessinée accessible qui analyse les représentations dans la pop culture.
- Podcasts : Les couilles sur la table, Un podcast à soi, épisodes avec Iris Brey : pour prolonger la réflexion sur les regards.
- Consulter le dossier Objectif 50/50 : différents regards sur la place des femmes dans le cinéma (derrière et devant la caméra).






