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« C’est en faisant qu’on apprend » : un dicton vieux comme le monde, mais qui n’a rien perdu de sa pertinence. C’est ce que prouve TUMO Paris 1, école de création numérique créée en 2018 par le Forum des images, qui accueille 1300 adolescent·e·s sur leur temps libre : ils y apprennent à faire du cinéma, de l’animation, des jeux vidéo, du design graphique, du dessin, de la modélisation 3D, de la musique, de la programmation… Rencontre avec Lauraine Dufour, coordinatrice pédagogique de l’école.

Pourquoi le Forum des Images a-t-il créé TUMO Paris 1 ?

Au départ, TUMO vient d’Arménie : c’est une école de la création numérique dédiée aux 12-18 ans, gratuite et ouverte à tous. Anne Hidalgo l’a visitée et souhaitait depuis en ouvrir une déclinaison à Paris. L’arrivée de notre directeur général Claude Farge en novembre 2017 a accéléré les choses au sein de Forum des images, avec un large soutien de la ville de Paris. Concrètement, cette école apprend à tout adolescent·e volontaire à utiliser des logiciels et leur fait découvrir le numérique, avec un large souci d’égalité des chances. Ce projet s’inscrit dans les missions du Forum des Images : depuis plusieurs années déjà, nos actions d’éducation à l’image vont bien au-delà du cinéma, pour s’intéresser aux pratiques culturelles et technologiques des jeunes.

Mais TUMO n’est pas une école classique, elle applique une pédagogie particulière… En quoi elle consiste ?

TUMO est une école de l’apprentissage par le faire. Le principe est de progresser par compétence, comme dans un jeu vidéo : chaque création valide certaines compétences, et permet de rendre accessibles de nouveaux objectifs – sans notion de classe de niveau ou d’année. Cet apprentissage est donc très individualisé : chaque adolescent·e choisit trois disciplines parmi les huit proposées, et progresse à son rythme. Il y a donc autant d’étudiant·e·s que de parcours d’apprentissage !

Concrètement, comment ça marche ?

Tout passe par une plateforme individualisée appelée le TUMOworld. Quand ils arrivent à TUMO Paris 1, les étudiant·e·s découvrent les huit disciplines par le biais d’exercices en ligne, afin d’en choisir trois : c’est ce qu’on appelle « l’auto-formation ». Ils sont, bien sûr, épaulé·e·s par des animateur·ice·s – car l’accompagnement humain couplé à une grande liberté est très important dans la pédagogie et l’apprentissage. Une fois les trois disciplines choisies, ils vont dans les « labs », des ateliers guidés par des experts de la discipline, pour réaliser un projet – notamment via la maîtrise de logiciels professionnels. Tous leurs travaux sont ajoutés à un portfolio. En complément, un troisième format d’apprentissage se déroule pendant les petites vacances scolaires : ce sont les « masterlabs », dans lesquels les étudiant·e·s rencontrent des spécialistes internationaux que nous invitons.

© Forum des images / TUMO Paris 1

Au-delà des compétences techniques, que leur apporte cette école ?

D’abord, de la résilience. Les travaux sont toujours corrigés, et validés… Ou pas ! Alors comme dans un jeu, il y a des moments où faut recommencer, faire une nouvelle proposition… Cela muscle la résilience. Ils acquièrent aussi une vraie confiance en eux : non seulement ils apprennent à maitriser des logiciels et des langages de programmation, à collaborer avec leurs pairs, mais cette mixité sociale et de genre leur permet aussi de découvrir leur individualité. C’est aussi une confiance liée aux résultat : à la fin d’un « lab », ils ont un jeu vidéo, un film, un dessin qu’ils peuvent montrer à leurs amis. Et bien sûr, tout ça les aide pour leur orientation professionnelle : s’ils souhaitent travailler dans ce genre de domaine, ils peuvent tester des disciplines et se constituer un portfolio.

C’est d’ailleurs sur ce volet de l’orientation que vous avez monté un partenariat avec TikTok en janvier 2021 ?

Oui, c’est l’un des grands axes. L’idée, c’est de créer TUMOrientation, un weekend (qui sera cette année les 22 et 23 janvier 2022) pour apporter des informations sur l’orientation, les écoles, mais aussi avoir des moments réflexifs avec des professionnels à qui l’on peut montrer son travail. Parallèlement nous créons un programme d’accompagnement individualisé à l’orientation : lors d’entretiens en atelier, nous essayons de pousser les adolescent·e·s à mieux comprendre comment ils fonctionnent, ce qu’ils aiment ou n’aiment pas, ce qu’ils savent faire… Et nous leur apprenons aussi à mieux parler d’eux-mêmes. Un troisième volet de ce partenariat est de proposer des rencontres avec des professionnels, en lien avec la programmation du Forum des images. Certaines ont déjà eu lieu, par exemple avec la designer sénégalaise Selly Raby Kane, ou l’illustrateur Laurent Durieux.

La question de l’égalité des chances est centrale à TUMO… Comment faites-vous pour avoir un recrutement inclusif ?

© Forum des images / TUMO Paris 1

Une école gratuite, en plein cœur de Paris, c’est généralement une information qui arrive surtout aux oreilles des habitant·e·s du premier au dixième arrondissements… Et sur des thématiques comme celle-là, plutôt à celles des garçons que des filles. Alors pour avoir une mixité sociale et de genre, nous faisons un très gros travail de recherche publics et de notoriété du projet. Il est certain qu’une typologie de publics fréquente moins facilement les institutions. Comme nous sommes dans un lieu accessible (Le Forum des Halles, très bien desservi par les transports), l’idée est de se faire connaître en développant l’action de terrain : ateliers d’initiation pour les publics scolaires et du champ social, présentations de TUMO Paris 1 et actions de communication auprès de publics ciblés… C’est un travail de très longue haleine, mais nous avons réussi à établir un ratio très satisfaisant de 40% de filles et 60% de garçons. Et presque 40% d’adolescent·e·s issu·e·s de quartiers prioritaires de la ville.

Une fois qu’ils ou elles sortent de cette école, savez-vous ce que deviennent ces adolescent·e·s ?

Nous avons commencé à suivre un petit réseau d’une centaine d’alumni. Ce que nous savons, c’est qu’entre 60% et 70% entrent dans des écoles de création ou des écoles technologiques. Pour ceux-là, le passage à TUMO a véritablement contribué à leur donner de la matière et de l’assurance pour poser des dossiers ! Les 30% restants sont ceux qui se sont inscrits à TUMO non pour se former professionnellement, mais pour apprendre, mieux se connaitre, rencontrer des gens. Et c’est aussi notre envie : être un endroit généraliste, pour tous, et pas seulement pour ceux qui veulent travailler dans la création numérique.

Propos recueillis par Julie Desbiolles

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Pratique
Inscriptions et infos sur https://paris.tumo.fr

TUMO Paris 1 en chiffres
1300 étudiant·e·s accueilli·e·s
Parmi eux, 40% de filles et 60% de garçons
35% à 37% d’adolescent·e·s issus de quartiers prioritaires de la ville
11 animateur·ice·s
16 expert·e·s, qui animent les « labs » en parallèle d’une activité professionnelle
Depuis l’ouverture en 2018, 9000 étudiant·e·s ont fréquenté l’école et 3000 ont suivi un cursus au long court.