Points de vue sur l’éducation aux images
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Fiche Méthodologie

« Une tempête dans la tête » : techniques de brainstorming pour la création d’un court métrage humoristique

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En partant de ce que regardent les jeunes et de leurs expériences personnelles, Steeve Calvo, Réalisateur, Chef opérateur image, Chef monteur et Scénariste nous parle du dispositif d’atelier qu’il a imaginé pour les aider à comprendre  comment les images qu’iels regardent sont fabriquées via la réalisation d’un sketch humoristique.

Publié le 20/06/2024, Mis à jour le 28/06/2024

Avec cet atelier, j’aspire à offrir aux jeunes la possibilité de digérer, par le biais de la création, tous les contenus de divertissement qu’iels consomment tout au long de la journée. Mon objectif n’est pas de leur imposer des contenus que je considère personnellement comme plus inspirants ou intéressants, mais plutôt de les guider dans la découverte approfondie de ce qu’iels consomment. En réalisant une parodie ou un sketch à la manière de…, l’idée est de les aider à comprendre comment les images qu’iels regardent sont fabriquées.

Étape 1 : Apprendre à connaître le groupe

  • Demander aux élèves de me parler de ce qu’iels regardent, écoutent, jouent, lisent…
  • Partager avec eux·elles ce que moi je regarde, écoute, joue, lis…
  • Prendre le temps de regarder des extraits de films, des bandes annonces, des clips…
  • Mettre en place les bases d’une écoute curieuse, respectueuse et surtout sans jugement.

Avec cette étape, on arrive à créer un lien de confiance. Iels voient que je suis curieux de leur culture, que j’ai des divertissements moi aussi. Je montre que je suis intéressé par leur culture. Le plaisir et le partage constituent la base d’une écoute curieuse, tolérante et sans jugement. Il s’agit de pousser à la curiosité, et à la curiosité de l’autre.

Pendant cet échange, la parole doit être libre, décomplexée et respectueuse. Je commence à leur apprendre à ne pas forcément lever la main pour prendre la parole mais plutôt de sentir le bon moment pour intervenir. Ça permet aux jeunes de réagir rapidement et ne pas oublier ce qu’iels ont envie de dire. Si on attend, ceux et celles qui ont peu de concentration peuvent avoir oublié ce qu’iels ont en tête.

Cette première étape me sert également à repérer le potentiel de chacun…

– Celui ou celle qui est à l’aise avec la prise de parole en public

– Celui ou celle qui est timide mais réfléchi·e et réactif·ve

– Celui ou celle qui aime bien faire rire ses camarades

– Celui ou celle qui a une bonne gueule d’acteur·trice

– Celui ou celle qui connaît déjà le langage cinématographique

– Celui ou celle qui fait déjà de la vidéo

– Celui ou celle à qui il va falloir donner la parole pour qu’iel gagne en confiance

– Celui ou celle qui est le bouc émissaire de la classe et qu’il va falloir mettre en avant

– Celui ou celle qui a un potentiel comique naturel

Étape 2 : Présentation du projet

Dans cette intervention, je propose aux participant·es de réaliser un sketch avec une évolution scénaristique à la manière du duo d’humoristes du Pamalshow.

Un film réalisé par les élèves du collège Arthur Rimbaud (Marseille, 13015) et leur professeur Clothaire Gomez, avec les intervenants Charles Salvy et Steeve Calvo.

Étape 3 : Analyse de la structure crescendo

Les sketches explorés illustrent une transition du réel vers l’absurde. Ils débutent par une scène simple et universellement reconnue qui, progressivement, glisse vers le chaos. Chaque personnage, introduit dans cet environnement familier, contribue à un glissement progressif vers une réalité absurde, engendrant ainsi l’humour.

Cet humour se développe par étape :

  1. Présentation de la situation de départ (familière au spectateur·trice)
  2. Apparition du ou des personnages (traits de caractères souvent exagérés et costumes identifiables)
  3. Exploitation du potentiel comique / absurde des personnages (crescendo humoristique)
  4. Retour à la réalité (la chute narrative)

Analyse du montage :

  1. Description de l’apparition du titre
  2. Description du point de vue
  3. Description de la musique
  4. Description du rythme

A la fin de cette session d’analyse, nous pouvons commencer à écrire notre sketch. Pour ce faire, il convient de mettre en place un brainstorming.

Steeve Calvo

Étape 4 : Brainstorming

Définition : 
Le brainstorming est une forme de remue-méninges dans lequel les participant·es d’un groupe apportent des idées de façon désordonnée. Ces idées sont d’abord recueillies sans jugement ou censure, puis sont ensuite triées. Il s’agit d’entraîner le cerveau à laisser jaillir une « tempête d’idées ».

Les 4 lois du brainstorming 

  1. La quantité avant la qualité : le brainstorming consiste à rassembler autant d’idées que possible, idéalement avec l’objectif de trouver l’idée qui convient le mieux au projet. C’est pourquoi avoir un flux constant d’idées est important, même s’il y a beaucoup d’idées absurdes ou sans réel potentiel. Les idées qui sont perçues comme plutôt mauvaises sont également importantes afin d’être éliminées plus tard en contraste avec les bonnes idées. Les participant·es doivent être assuré·es que chacune de leurs interventions sera notée au tableau.
  2. Pas de critique pendant la session : cette règle doit être mise en œuvre de manière cohérente afin que le flux d’idées ne soit pas perturbé et interrompu ou même bloqué.
  3. Prise de notes de toutes les idées : ce n’est que si toutes les idées sont notées, par exemple à l’aide d’un tableau, que le brainstorming peut se dérouler sans filtre. C’est pourquoi, il est généralement nécessaire de nommer une personne pour prendre les notes. Quand des idées sont ignorées ou ne sont pas écrites, cela a souvent un effet démotivant sur les participant·es.
  4. Le vote : pour sélectionner les idées retenues pour écrire le sketch, deux approches sont envisageables. Soit les idées suscitent un consensus et s’imposent naturellement, soit nous organisons un vote pour départager les différentes propositions.

Le·la chef·fe d’orchestre

Conseils sur la façon d’influencer légèrement la séance de brainstorming :

  • Adressez-vous aux personnes qui n’ont pas encore pris la parole. Souvent, il suffit de se tourner vers cette personne. Peut-être que cette dernière n’a pas encore osé partager son idée. Néanmoins, si elle n’a pas d’idée, veillez à ne pas insister. Assurez-vous que si aucune idée ne vient à l’esprit sur le moment, les personnes ne se sentent pas coupables.
  • Référez-vous brièvement à une idée qui a déjà été formulée. Demandez si elle peut être repensée pour relancer l’inspiration.
  • Faites l’éloge d’une nouvelle idée à un moment approprié (si possible sans la juger vous-même). Les petits mécanismes de récompense activent souvent le centre de créativité et détendent l’atmosphère. Dans ce cas, les jeunes peuvent être plus disposés à partager leurs idées.
  • Si c’est la panne absolue, il est bon de faire une courte pause. Lorsque la session commence à nouveau, les personnes participantes ont souvent renouvelé leur énergie ou ont entre-temps trouvé une idée qu’iels vont pouvoir immédiatement communiquer.
  • Ne sous-estimez pas l’importance de l’environnement. Un brainstorming optimal a lieu dans un endroit calme où tout le monde est placé au même niveau. Les tables de formes rondes ou des chaises mises en cercle sont idéales.

 

Le casting

Après avoir défini le contexte et les personnages du sketch, un casting est organisé. Les candidat·es intéressé·es à interpréter un rôle se présentent devant le groupe pour montrer leur interprétation. Il est crucial que le·la réalisateur·trice soutienne activement les volontaires dans le perfectionnement de leur prestation. Pour cela, il est impératif de maintenir une atmosphère calme parmi les spectateur·rices, exempte de moqueries ou de commentaires désobligeants. Participer au casting représente un défi considérable pour ceux et celles qui osent se lancer.

Souvent dans lors de cette phase de casting, les intervenant·es improvisent et permettent au scénario de s’améliorer. Il ne faut pas hésiter à prolonger le brainstorming en fonction de ce que propose l’acteur·rice. 

L’objectif est de prendre le rôle au sérieux afin d’exploiter au mieux le potentiel d’acteur·rice de chaque amateur·rice. À la fin de chaque prestation, il est attendu que le public applaudisse l’effort fourni. Le vote par l’audience pour désigner la meilleure performance d’acting a lieu après que tous et toutes les volontaires aient présenté leur proposition.

 

La réalisation

C’est après toutes ces étapes que nous pouvons passer à la réalisation du film et au montage dans un lieu et un préalablement définis. Puis chaque acteur·rice devra se maquiller, se déguiser et interpréter leur rôle avec plus ou moins d’improvisation.

Étape facultative : aborder le sujet de la consommation d’images

  • Demander aux jeunes de raconter où et quand iels regardent un écran.
  • Demander sur quelle plate forme / réseau social iels passent le plus de temps.
  • Demander d’évaluer leur temps d’écran par jour.
  • Demander  quelles sont les restrictions parentales éventuelles.

D’après mon expérience, je constate que les élèves tendent à sous-estimer leur consommation, passant généralement entre 3 et 5 heures devant les écrans. La plupart d’entre eux·elles s’adonnent à ce que l’on appelle le doomscrolling, également traduit par « la malédiction du défilement ». Il s’agit de faire défiler de manière incessante, souvent vers le haut et à l’aide du bout du doigt, un flux infini d’actualités alimenté par une intelligence artificielle nourrie d’algorithmes. Cette habitude est largement répandue sur les réseaux sociaux, en particulier depuis l’avènement de TikTok et de ses vidéos courtes.

Pour leur faire prendre conscience de la quantité de vidéos qu’iels regardent, je leur propose de faire un calcul sur une base de 3 heures de TikTok par jour (en sachant qu’une vidéo TikTok dure environ 15 à 20 sec). Cela donne :

  • 3 vidéos par minute
  • 180 vidéos par heure
  • 540 vidéos par jour
  • 3 780 vidéos par semaine
  • 15 120 vidéos par mois

Quand les jeunes comprennent qu’iels regardent autant de vidéos par mois, iels prennent soudain conscience que le nombre est énorme. Je poursuis cette prise de conscience, en leur demandant de me parler des vidéos qu’iels ont vu la veille et dont iels se souviennent. En règle générale, iels se souviennent de 2 ou 3 vidéos sur les 540 qu’iels ont vues. La preuve d’une passivité évidente de leur part.

Cette petite séance de calcul me permet au final d’aborder une thématique qui me tient à cœur, celle de la digestion de toutes ces images.

Je fais comprendre aux jeunes que, tout comme notre organisme digère après avoir trop mangé pour faire de la place aux prochains repas, notre cerveau a besoin de « digérer » un excès d’informations, d’images et de sons. Lorsque notre cerveau est saturé, il doit libérer de l’espace en prenant le temps de traiter toutes ces informations. C’est là que la parole et la création entrent en jeu. En quelque sorte, créer peut être comparé à un processus de « déchargement » du cerveau, similaire à ce qui se passe lorsqu’on évacue l’excès alimentaire.

Quand le cerveau est plein d’images, il a besoin de prendre un moment pour les comprendre et les organiser, comme si c’était une grande fête dans votre tête. C’est pourquoi il est important de donner à votre cerveau le temps de digérer, de trier et de ranger toutes les images enregistrées.

Court métrage réalisé dans le cadre du projet « Toute la lumière sur les SEGPA ». Intervenant : Steeve Calvo

Synopsis :
Trop c’est trop; Tik Tok, YouTube, Fortnite, INSTA, FIFA, GTA, SNAP…
Notre cerveau déborde, ça pique les yeux, ça saoule, ça nous fatigue, ça nous fait BUGGER. Notre prof n’en peut plus, il appelle au secours les services scientifiques.