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Table ronde

Le temps du partage : les dispositifs en faveur des jeunes adultes

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À l’occasion de la Rencontre nationale des pôles régionaux d’éducation aux images, organisée les 16 et 17 mars 2026 à Rouen, cette table ronde a permis d’explorer plusieurs initiatives qui permettent aux jeunes adultes d’être acteur·ices à part entière de la diffusion et de la médiation.

Publié le 23/07/2026, Mis à jour le 23/07/2026

À l’heure des plateformes de streaming et des réseaux sociaux, on pourrait croire que les jeunes se détournent du cinéma. Pourtant, si leur rapport au septième art a évolué, leur intérêt demeure bien réel. Dès lors, comment faire des salles et des festivals des lieux d’engagement, de transmission et de lien social pour cette génération ? C’est autour de ces questions que cette table ronde a réuni représentant·es d’institutions, professionnel·les du cinéma, de l’éducation aux images, de la médiation culturelle et de l’engagement citoyen et des jeunes porteur·euses de projets. Ce temps d’échanges a permis d’explorer les initiatives qui donnent aujourd’hui aux 15-25 ans une place active dans la vie des salles, des festivals et, plus largement, dans la diffusion.

Modération : 

  • Romane Péronne, chargée de projets à Normandie Images et Tom Allaire, stagiaire chez Normandie Images, jeune ambassadeur du cinéma, membre de l’association Nouvel Œil et étudiant en master de médiation culturelle à l’INSPE de Caen. 

 

Intervenant·es :

  • Juliette Vargas, chargée de développement des opérations d’éducation aux images au CNC
  • Anne Ouvrard, adjointe au délégué général de l’AFCAE, coordinatrice nationale des Jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices du Cinéma
  • Valérie Mocydlarz, responsable du pôle régional d’éducation aux images en Nouvelle-aquitaine Les Yeux verts et membre du comité de rédaction du Fil des images
  • Baptiste Marchand, coordinateur national du programme Cinéma et Citoyenneté porté par Unis-Cité
  • Anaïs Cherradou, volontaire à Unis-Cité Rouen dans le cadre du programme Cinéma et Citoyenneté
  • Salim Hamzaoui, réalisateur et initiateur des BFF du ciné

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Synthèse écrite 

Romane Péronne, Chargée de projets à Normandie Images, ouvre la discussion en en questionnant l’idée selon laquelle les jeunes se détournent du cinéma à l’ère des plateformes de streaming, des réseaux sociaux et des smartphones. Selon elle, les 15-25 ans continuent de s’intéresser au cinéma, mais leur manière d’accéder aux oeuvres a évolué à travers de nouveaux usages, formats et espaces numériques.

Au-delà de la question de la fréquentation des salles, l’enjeu est de faire du cinéma un véritable outil d’engagement pour la jeunesse. Les salles doivent rester des lieux de découverte, de transmission culturelle et de lien social, capables de transformer une passion individuelle en expérience collective.

Pour répondre à ces défis, plusieurs dispositifs ont été développés, parmi lesquels le programme Cinéma et Citoyenneté d’Unis-Cité ou les Jeunes Ambassadeurs du Cinéma.
Ces initiatives visent toutes à renforcer la place des jeunes dans les salles, les festivals et plus largement dans la diffusion du cinéma.

L’objectif de cette table ronde est de présenter ces dispositifs, de partager des exemples d’actions concrètes menées sur le terrain et d’identifier ce qui fonctionne ainsi que les pistes d’amélioration.
Romane Péronne et Tom Allaire évoquent notamment comment favoriser davantage d’horizontalité dans ces programmes, afin que les jeunes ne soient pas seulement bénéficiaires mais deviennent de véritables acteur·rices, capables de prendre des initiatives et de s’approprier pleinement les espaces de diffusion.

C’est dans cette perspective qu’iels ont choisi de mettre en lumière à la fois des initiatives institutionnelles portées par le CNC, l’Association Française des Cinémas d’Art et d’Essai (AFCAE) et Unis-Cité, mais aussi des initiatives portés par des jeunes, comme l’association Nouvel Œil ou le projet BFF du ciné. Ces expériences proposent de nouvelles façons de penser et de vivre l’engagement des jeunes adultes autour du cinéma.

 

Le dispositif Jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices : donner aux jeunes une place active dans l’écosystème du cinéma

Les chiffres-clé des Jeunes ambassadeurs et ambassadrices du cinéma

CNC – chiffres-clé des Jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices du Cinéma

Lancée en 2024 par le CNC, l’initiative Jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices du Cinéma est née dans le contexte de l’après-Covid. Alors que les pouvoirs publics cherchaient à relancer la fréquentation des salles de cinéma, plusieurs projets locaux avaient déjà démontré la pertinence d’une approche fondée sur la médiation entre pairs : des jeunes mobilisé·es pour faire découvrir le cinéma à d’autres jeunes. À partir de ces expérimentations, le CNC a décidé de structurer un dispositif national doté d’un financement de 1,5 million d’euros sur trois ans.

L’objectif du dispositif n’est pas simplement de faire revenir les jeunes dans les salles. Comme le rappelle Juliette Vargas, chargée de développement des opérations d’éducation aux images au CNC, les 15-25 ans fréquentent déjà largement les cinémas : 85 % d’entre elleux s’y sont rendu·es au moins une fois en 2023. L’enjeu consiste désormais à leur donner une place active dans l’écosystème cinématographique.

Aujourd’hui, le programme rassemble 23 projets portés par 33 structures réparties dans 17 régions et 79 départements. Plus de 160 salles de cinéma et plus de 1 000 jeunes ambassadeurs et ambassadrices participent à cette dynamique nationale.

L’AFCAE à la coordination nationale

Pour assurer la cohérence du dispositif tout en respectant la diversité des projets locaux, le CNC a confié la coordination nationale à l’AFCAE (Association Française des Cinémas Art et Essai).

Forte de son réseau de 1 250 salles et de son expérience auprès des jeunes publics, l’association anime le réseau des structures participantes, organise des rencontres régulières, met à disposition des outils collaboratifs et facilite l’accès aux ressources professionnelles.

L’AFCAE s’appuie notamment sur son Comité 15-25 ans, qui repère chaque année des films susceptibles de toucher les jeunes publics et développe des outils de médiation adaptés. Elle facilite également l’accès à des festivals partenaires, à des rencontres professionnelles et aux visionnements.

Cette coordination a aussi permis la création d’une identité graphique commune et d’une communication nationale. Le trailer réalisé pour le lancement du dispositif s’attaque directement à une idée reçue persistante : celle selon laquelle les jeunes ne s’intéresseraient plus au cinéma.

 

Qui sont les jeunes ambassadeurs et ambassadrices du cinéma ?

Un premier bilan, recueilli par l’AFCAE,  permet de dresser un portrait des participant·es.

Près de 60 % des ambassadeur·rices sont des jeunes femmes. La majorité a entre 17 et 20 ans et se compose principalement de lycéen·nes, d’étudiant·es, mais aussi de jeunes actif·ves ou d’apprenti·es. Si les participant·es sont davantage présent·es en milieu urbain, le dispositif touche également de nombreux territoires ruraux.

Leur rôle dépasse largement la simple promotion des séances. Les jeunes participent à l’organisation d’événements, animent des débats, réalisent des critiques de films, produisent des podcasts ou des vidéos, développent des contenus sur les réseaux sociaux, rencontrent des professionnel·les et découvrent les métiers du cinéma.

Au-delà de la cinéphilie, cette expérience constitue un véritable espace de formation. Les jeunes développent des compétences en prise de parole, en gestion de projet, en communication, en travail collectif et en médiation culturelle. Beaucoup soulignent également le gain de confiance en soi et l’impact positif du dispositif sur leur parcours personnel ou professionnel.

 

Un bilan encourageant

Les retours sont largement positifs. Les salles de cinéma constatent un rajeunissement de leur public, certaines séances réunissant jusqu’à 90 % de spectateur·rices âgé·es de 18 à 20 ans.

Le bouche-à-oreille apparaît comme l’un des principaux moteurs du dispositif. Les jeunes ambassadeurs et ambassadrices recrutent elleux -mêmes de nouveaux et nouvelles participant·s et deviennent de véritables prescripteur·rices culturel·les auprès de leur entourage.

Plusieurs défis demeurent néanmoins. Les structures observent une baisse de l’engagement à l’approche des examens et soulignent l’importance d’un accompagnement étroit ainsi que d’une véritable co-construction des projets avec les jeunes. 

Les ambassadeurs et ambassadrices expriment également leur besoin de liberté créative, de reconnaissance de leur propre culture cinématographique et de temps d’échange avec les professionnel·les.

 

Construire une communauté de jeunes cinéphiles

La question de la transmission a occupé une place importante dans les échanges de la table ronde. Tom Allaire, lui-même jeune ambassadeur, a notamment souligné la difficulté de réunir au sein d’un même dispositif des jeunes de 15 à 25 ans dont les attentes peuvent être très différentes. Pour répondre à cet enjeu, certaines structures expérimentent déjà des formes de mentorat. Des ambassadeurs et ambassadrices ayant participé une première année deviennent référent·es pour les nouvelles promotions, favorisant ainsi une transmission entre pairs.

Afin de favoriser les rencontres et les échanges, plusieurs rassemblements régionaux ont déjà eu lieu. Un temps fort national va se dérouler lors du prochain Festival de Cannes avec la participation d’une trentaine d’ambassadeurs et ambassadrices  Ces initiatives contribuent progressivement à la construction d’une large communauté de jeunes engagé·es autour du cinéma.

 

Des projets qui s’adaptent aux réalités des territoires

Pour illustrer la diversité des approches, Valérie Mocydlarz,  responsable du Pôle d’éducation aux images en Nouvelle-Aquitaine, Les Yeux Verts a présenté deux projets illustrant la manière dont le dispositif “Jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices du cinéma” s’incarne sur les territoires.

 

Capitaines Flux : une expérience artistique, culturelle, humaine et immersive au cœur de 3 festivals de cinéma de la région Nouvelle-Aquitaine.

Capitaines flux

Tout au long de l’année, les participant·es prennent part aux festivals partenaires, suivent un véritable parcours d’éducation artistique et culturelle : programmation dédiée, rencontres avec des professionnel·les, mini-formations techniques, atelier critique, production de contenus… Leurs publications sur les réseaux sociaux témoignent de leur capacité à s’approprier les outils de communication et à inventer leurs propres formes de médiation.

Au-delà des festivals, les jeunes organisent également des séances, des débats et des ciné-clubs dans leurs territoires, devenant de véritables relais culturels auprès de leurs pairs.

 

Check ton ciné : valoriser la diffusion des courts métrages réunionnais

Check ton ciné

Le projet “Check ton Ciné est porté par La Kourmétragerie, structure réunionnaise engagée dans la diffusion et la valorisation des courts métrages et des œuvres issues de la création cinématographique de La Réunion et de l’océan Indien.

Les jeunes ambassadeurs et ambassadrices s’impliquent dans les festivals et organisent des projections suivies de rencontres avec les cinéastes et les équipes des films. Très investi·es sur les réseaux sociaux, iels assurent également une large part de la communication du projet et contribuent à créer une communauté numérique autour du cinéma réunionnais.

Cette démarche illustre parfaitement l’un des objectifs fondamentaux du dispositif : développer la cinéphilie des jeunes tout en les impliquant activement dans la circulation du cinéma local.

La mission Cinéma et Citoyenneté avec Unis-Cité

La mission Cinéma et Citoyenneté avec Unis-Cité

La mission Cinéma et Citoyenneté avec Unis-Cité

Lancée en 2015 à l’initiative du CNC, avec le soutien de l’association Unis-Cité, pionnière et spécialiste du service civique en France, la mission Cinéma et Citoyenneté est la première grande mission nationale de service civique dans le champ culturel. 

À l’origine conçu pour relancer les ciné-clubs dans les lycées et les centres de formation d’apprenti·es, le dispositif s’est progressivement élargi à d’autres publics et lieux d’intervention. Aujourd’hui, les volontaires peuvent intervenir selon les régions dans les lycées et collèges, les missions locales, les foyers de jeunes travailleur·euses, les structures du champ social, les festivals ou encore les salles de cinéma indépendantes.

L’ambition est double : développer l’esprit critique face aux images et favoriser les échanges autour des questions de société abordées par les films. Le programme vise également à donner envie aux jeunes de fréquenter les salles de cinéma et de découvrir des œuvres différentes de leurs habitudes.

 

Une mobilisation importante sur le territoire

Pour sa 11e édition, le programme a rassemblé :

  • 500 volontaires en service civique ;
  • réparti·es dans 47 départements et à La Réunion ;
  • en partenariat avec plus de 1 000 structures locales.

Depuis sa création, près de :

  • 8 000 jeunes volontaires ont participé au programme ;
  • 900 000 spectateur·rices ont été sensibilisé·es ;
  • dont environ 200 000 en salle de cinéma.

 

La force du pair-à-pair

L’une des spécificités du dispositif est de constituer des équipes de jeunes très diverses, mêlant différents niveaux d’études, origines sociales,  parcours de vie…

Les volontaires sont formé·es à la médiation et à l’analyse des images par les pôles régionaux d’éducation aux images,  avant d’animer des séances, débats et ateliers.

Selon Baptiste Marchand, coordinateur national du programme, cette proximité générationnelle facilite la prise de parole des participant·es et permet de toucher des publics parfois éloignés de l’offre culturelle.

 

Des actions variées

Le programme privilégie le format du ciné-club, souvent organisé sur le temps périscolaire et extra-scolaire. Les jeunes peuvent sélectionner les films dans le catalogue mis à disposition par le CNC  ; animer les projections ; conduire les débats ; participer à des ateliers de programmation ; collaborer avec des salles de cinéma et des festivals…

L’objectif est de créer un véritable lien entre les établissements scolaires, les structures jeunesse et les salles de cinéma.

 

Encourager la création

Au-delà de la diffusion des œuvres, Unis-Cité encourage également les jeunes à devenir créateur·rices.

Chaque année, le concours national Tête à Clap invite les volontaires à réaliser un court métrage de quatre minutes. L’édition 2025 a enregistré un record de participation avec près de quarante films réalisés. Les lauréat·es sont ensuite invité·es à présenter leur travail à Cannes grâce à un partenariat avec l’association Clap Citizen Cannes.

 

Des résultats significatifs

Les évaluations menées par Unis-Cité montrent que le programme :

  • favorise la découverte du cinéma Art et Essai  ;
  • renforce la fréquentation des salles de cinéma ;
  • développe l’expression orale et l’esprit critique ;
  • suscite des vocations dans les secteurs du cinéma et de l’audiovisuel.

Près de la moitié des volontaires déclarent envisager une poursuite d’études ou une activité professionnelle dans le domaine culturel après leur mission.

 

Le témoignage d’Anaïs Cherradou

Volontaire à l’antenne de Rouen, Anaïs Cherradou explique avoir rejoint le programme après son baccalauréat, alors qu’elle souhaitait s’orienter vers des études de cinéma. Son engagement lui a permis de découvrir le fonctionnement concret d’une salle de cinéma,  de rencontrer des publics très variés, d’animer des ateliers auprès d’enfants et d’adultes, d’acquérir des compétences techniques et relationnelles.

Elle souligne notamment l’importance de la diversité des publics rencontrés et de la prise de parole en public dans son évolution personnelle. Cette expérience a confirmé son projet professionnel : intégrer un BTS audiovisuel, spécialité métiers de l’image.

 

L’Association Nouvel Œil

L’Association Nouvel Œil

L’Association Nouvel Œil

Créée en 2023 par des étudiant·es de l’Université de Caen, l’association Nouvel Œil est née d’un constat : un déficit de moyens matériels permettant de mener des projets audiovisuels. Pour combler ce manque, les membres ont demandé et obtenu une subvention de 21 000 € afin de constituer un parc de matériel audiovisuel accessible aux étudiant·es et aux créateur·rices.

Aujourd’hui, l’action de association se développe autour de 3 axes. Le premier concerne les projets culturels, qui visent à favoriser la découverte du cinéma à travers des projections, des festivals, des visites et des partenariats. Ces initiatives permettent aux participant·es de développer leur culture cinématographique tout en expérimentant l’organisation d’événements.

Le deuxième axe porte sur la valorisation et la diffusion des créations. Avec notamment le forum vidéo, Nouvel Œil offre un espace permettant aux étudiant·es et aux jeunes créateur·rices de présenter leurs œuvres, d’échanger autour de leurs pratiques et de donner de la visibilité à des productions variées.

Le troisième axe apporte un soutien à la création audiovisuelle. L’association met son matériel à disposition et accompagne les porteur·euses de projets en insistant sur l’importance du temps de préparation, de la réflexion artistique et de l’apprentissage progressif. Pour Nouvel Œil, réaliser un film ne repose pas uniquement sur l’accès aux outils techniques : il s’agit aussi de comprendre les choix artistiques et les méthodes de création.

Depuis 2025-2026, l’association développe également des résidences et des ateliers animés par des professionnel·les du cinéma. Ces dispositifs accompagnent les participant·es de l’écriture à la diffusion de leurs films et permettent une meilleure compréhension du fonctionnement du secteur professionnel. En quelques années, Nouvel Œil a ainsi soutenu une cinquantaine de projets impliquant près de 400 bénéficiaires.

À travers son intervention en tant que membre de l’association, Tom Allaire défend une conception du cinéma fondée sur l’initiative, la transmission et l’exigence artistique. Selon lui, les étudiant·es doivent être acteur·rices de leur formation et ne pas attendre uniquement les ressources institutionnelles : la création passe aussi par la capacité à imaginer collectivement des solutions.

Il insiste également sur l’importance du temps dans le processus de création. L’apprentissage passe par l’expérimentation, la répétition et la progression. Tom Allaire présente Nouvel Œil comme une passerelle entre le monde étudiant et le milieu professionnel. L’objectif n’est pas uniquement de permettre la réalisation de films, mais d’accompagner les jeunes dans la découverte des pratiques professionnelles, de favoriser leur autonomie et de développer leur regard critique sur le cinéma.

Il défend également une logique de coopération entre les différentes initiatives existantes, comme les festivals, l’université ou les dispositifs de médiation culturelle tels que les Jeunes Ambassadeur·rices du Cinéma. Selon lui, il est préférable de renforcer les complémentarités entre structures plutôt que de multiplier des dispositifs similaires.

Lors de l’échange final, la modératrice souligne que Nouvel Œil rejoint une dynamique plus large : les dispositifs de médiation cinématographique ne servent pas seulement à transmettre une culture cinéphile, ils permettent aussi aux jeunes de devenir créateur·rices. Elle met en avant la complémentarité entre Nouvel Œil et les Jeunes Ambassadeur·rices du Cinéma, deux initiatives qui accompagnent à la fois la découverte des œuvres et l’envie de créer.

Tom Allaire confirme cette complémentarité en précisant qu’une partie importante des bénévoles de Nouvel Œil participe également aux actions des Jeunes Ambassadeur·rices du Cinéma. Il conclut en rappelant la philosophie de l’association : « faire, mais aussi réfléchir à ce que l’on fait ». 

 

Les BFF du ciné : un rendez-vous qui associe séance de ciné & convivialité

BFF du ciné

Les BFF du ciné

L’idée de départ des BFF du ciné est simple : plutôt que de se demander uniquement comment faire revenir les jeunes au cinéma, il faut d’abord comprendre ce dont iels ont besoin aujourd’hui. 

Selon Salim Hamzaoui, Réalisateur et initiateur des BFF du ciné (avec Caroline Sabuco et Romane Talva), la période post-Covid a renforcé chez de nombreux et nombreuses jeunes un besoin de rencontres réelles et de liens humains, au-delà des interactions numériques. Le projet est ainsi né de la volonté de répondre simultanément à deux enjeux : recréer du lien social et ramener le public vers les salles.

Le principe repose sur une formule aussi simple qu’innovante : chaque semaine, la communauté vote sur les réseaux sociaux pour choisir un film parmi plusieurs propositions. Une séance collective est ensuite organisée, suivie d’un moment convivial autour d’un verre. Le film devient alors un point de départ pour échanger, se rencontrer et partager ses impressions.

 

Les réseaux sociaux occupent une place centrale dans cette démarche. Les fondateur·rices ont choisi une communication incarnée, reposant sur leur propre présence et leur personnalité, afin de créer un sentiment de proximité et d’appartenance à une communauté. Cette approche a permis de fédérer progressivement un public mêlant cinéphiles avertis et personnes peu familières des salles de cinéma.

L’un des principes fondateurs du projet consiste à décloisonner les pratiques culturelles. Les BFF du ciné refusent toute hiérarchie entre cinéma populaire et cinéma d’auteur·e. Leur programmation alterne ainsi films grand public, œuvres indépendantes, cinéma de patrimoine ou productions plus expérimentales. L’objectif est de rendre chacun·e légitime dans son rapport au cinéma, sans jugement sur ses goûts ou son niveau de connaissance.

L’initiative lancée à Paris a connu une croissance rapide. Alors que les premières séances réunissaient seulement quelques participant·es, elles rassemblent désormais une centaine de personnes chaque semaine. La communauté en ligne dépasse quant à elle les 13 000 abonné·es et affiche un fort niveau d’engagement.

Cette dynamique a permis aux BFF du ciné de nouer de nombreux partenariats avec des acteur·rices du secteur : exploitant·es, festivals, plateformes ou associations professionnelles. Les fondateur·rices revendiquent également une volonté de casser les barrières entre professionnel·les du cinéma et public. Lors de certaines séances, réalisateur·rices, acteur·rices ou créateur·rices de contenus sont invité·es à partager un moment informel avec les participant·es, dans une logique d’échange direct plutôt que de starification.

Fort de ce succès, le collectif a préparé un tour de France destiné à créer des relais locaux et à faire émerger des communautés similaires dans d’autres villes et d’autres salles en France. L’ambition était de constituer progressivement un réseau national capable de mobiliser les jeunes autour du cinéma tout en favorisant les rencontres et le vivre-ensemble.

 

Interrogé sur les risques liés à la croissance du projet, notamment la perte de proximité humaine, Salim Hamzaoui estime que l’esprit communautaire constitue précisément la force du projet. Selon lui, tant que les rencontres restent au cœur de l’expérience et que les organisateur·rices demeurent présent·es aux côtés des participant·es, le développement du réseau ne remet pas en cause sa dimension humaine.

À travers cette initiative, les BFF du ciné proposent une approche originale de la médiation culturelle : le cinéma n’est plus seulement un objet de transmission mais devient un outil de sociabilité permettant de rassembler des jeunes, et moins jeunes, d’horizons variés autour d’une expérience collective.

 

Des ateliers animés par des jeunes cinéphiles

Pour prolonger la réflexion engagée lors de cette table ronde, plusieurs ateliers et temps d’échange ont ensuite été proposés :

  • L’atelier « Regards » animé par l’association Nouvel Œil, avec Tom Allaire, Yan-Michel Valin et Pierre-Olivier Sanchez ;
  • Une rencontre avec Salim Hamzaoui  autour des « BFF du ciné » ;
  • Une découverte de la démarche du Festival du Grain à démoudre, avec William Tasse, Lucas Ripouteau, Emilie Podevin et Sarah Deyrem, jeune programmatrice. Entièrement imaginé et programmé par des jeunes de Gonfreville L’Orcher, ce festival propose une approche collective et engagée de la programmation cinématographique.

Conclusion de la table ronde 

Les différentes expériences présentées soulignent l’importance de la co-construction des projets, de la confiance accordée aux jeunes et en leur capacité à porter des initiatives. En devenant programmateur·rices, animateur·rices, créateur·rices de contenus ou ambassadeur·rices auprès de leurs pairs, iels développent non seulement leur engagement en faveur du cinéma, mais aussi des compétences personnelles, relationnelles et citoyennes qui dépassent largement le cadre culturel.

Cette table ronde rappelle également que le cinéma constitue un puissant vecteur de lien social. Dans un contexte où les jeunes expriment un besoin croissant d’espaces de rencontre et d’échanges, les projets participatifs offrent des expériences collectives porteuses de sens, favorisant le dialogue, la découverte de l’autre et l’ouverture culturelle.

Enfin, les interventions ont souligné la nécessité de tenir compte de la diversité des territoires et des parcours de vie. Il n’existe pas de modèle unique : la réussite des dispositifs repose sur leur capacité à s’adapter aux réalités territoriales tout en renforçant les complémentarité entre les initiatives existantes. Le développement de réseaux d’échanges entre structures et jeunes engagé·es apparaît ainsi comme une perspective essentielle pour amplifier leur impact.

Cette table ronde met en évidence l’évolution des pratiques de médiation culturelle. Les échanges ont montré que les jeunes ne constituent pas un public à reconquérir, mais un public déjà présent, qu’il convient désormais de reconnaître, de valoriser et d’impliquer davantage. L’enjeu n’est plus seulement de les faire venir dans les salles de cinéma, mais de leur permettre de devenir des acteur·rices à part entière de la vie culturelle.

À lire aussi

En mars 2026, les Journées Professionnelles Cinémas 93 ont consacré leur deuxième journée à la question : « Les Jeunes Ambassadeur·rices sont-ils la solution ? » Réunissant exploitant·es, médiateur·rices, chercheur·euses et jeunes engagé·es, cette rencontre a exploré les enjeux du renouvellement des publics, de la participation des jeunes et des nouvelles formes de médiation culturelle.

Retrouvez dans la restitution les principaux enseignements, des exemples inspirants, des témoignages, des ateliers et des pistes d’action pour accompagner le développement de dispositifs Jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices du Cinéma.