Download PDF

Démultiplication des chaînes de télévision, émergence de l’internet, premiers contenus audiovisuels en direct sur les réseaux, arrivée des logiciels de montage audiovisuel… Dans les années quatre-vingt-dix, le secteur de l’audiovisuel est marqué par de nombreuses innovations déterminantes. Et le cinéma dans tout ça ? À la même époque, il en reste au support de la pellicule. Son histoire, pour glorieuse qu’elle soit, en fait un art du passé. Cent ans à présent… La profusion d’hommages qui lui est rendue, orchestrée en France par l’Etat, lui fait courir le risque d’être muséifié. Pour certains penseurs et cinéastes, l’affaire est entendue : il convient de parler de fin du cinéma. « C’est normal qu’il s’arrête ! » affirme Jean-Luc Godard devant un Michel Piccoli consterné dans le film qu’il a réalisé sur la question, Deux fois cinquante ans de cinéma français. Depuis les années soixante, la dynamique initiale s’est brisée, le cinéma a perdu le primat dans le champ audiovisuel. La situation s’est empirée dans les décennies qui ont suivi, jusqu’aux années quatre-vingt-dix où il est relégué comme pratique du passé. Le cinéma concurrencé par la télévision, appauvri par elle quand elle diffuse ses films. Le cinéma trop lent pour soutenir le rythme de diffusion des nouvelles images. Et pour dire quoi, à présent ? Comment pourrait-il continuer d’alimenter la cinéphilie, passion d’hier ? Serge Daney, Jean-Luc Godard, Régis Debray, Paul Virilio… nombreux et prestigieux sont ses « embaumeurs », comme les a qualifié Agnès Varda. Sans doute le meilleur moyen pour le cinéma de contrarier leurs syllogismes funèbres a été de perpétuer sa production, donnant lieu à de nouvelles œuvres qui attirent le public et nourrissent le discours critique. Il reste que les débats suscités par le concept de fin du cinéma ont permis de mettre en perspective les mutations de l’environnement audiovisuel et de favoriser l’analyse de tous les types d’images qui ont désormais cours. Il reste aussi que ce discours pessimiste, voire crépusculaire, a fait réagir dans le sens inverse : dans la sphère de la culture s’est fait jour la nécessité d’aller au-delà de la fête et de l’hommage déférent, de défendre la culture cinématographique d’hier et d’aujourd’hui et garder intacte la magie de la projection en salle. Une série d’actions ambitieuses en éducation à l’image, fondées sur le souci de transmettre sa culture, se sont mises en place, stimulées en quelque sorte par le refus de donner raison aux penseurs de la fin du cinéma.

 

Le texte proposé ci-dessous est le deuxième épisode d’un article en trois temps :

L’émergence d’internet et la télévision
– Années 90 : la fin du cinéma ? [ci-contre]
– Les débordements de l’intimité [à venir]

Joël Danet – SAGE – DHVS – Université de Strasbourg

This research received funding from the European Research Council (ERC) The healthy self as body capital (BodyCapital) project under the European Union’s Horizon 2020 research and innovation programme (grant agreement No 694817).

Partager cet article : Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email