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Principes et fonctionnement de l’atelier

L’atelier se déploie sur l’ensemble de l’année scolaire, de septembre à juin. Nous retrouvons les étudiants à raison d’une séance mensuelle de septembre à mars, puis pour une période de montage d’un mois en mai. L’atelier s’achève avec une séance de projection au cinéma Utopia Manutention d’Avignon. Deux phases structurent le projet.

Première phase

Contre Selfie video © Lise Guernier

De septembre à décembre, l’atelier commence par un temps d’initiation technique et artistique. Via la réalisation d’exercices, nous amenons les étudiants à expérimenter les trois outils (web et applications numériques, smartphones et webcams) qu’ils peuvent utiliser pour réaliser leurs films. En termes de matériel, nous fournissons des unités de tournage comprenant un smartphone, un enregistreur numérique et différents accessoires. La grande majorité des étudiants possédant aujourd’hui un ordinateur, ils disposent donc des 3 outils du projet et sont autonomes. C’est pourquoi il est possible de réaliser les exercices hors du temps de l’atelier, quand et où les étudiants le souhaitent. C’est un des grands avantages de ce dispositif technique : ces outils s’inscrivent dans le quotidien des participants.

Nous avons choisi trois outils — le smartphone, la webcam et internet — qui correspondent à trois postures : le filmeur, le filmé et l’internaute. Des temps de tournage sont consacrés à chacun de ces outils. Nous accompagnons les étudiants dans une prise en main spécifique à chaque appareil.

Le smartphone : les participants sont amenés à l’utiliser en tant que filmeur, pour nous révéler leur univers quotidien, leur monde intérieur. En termes de forme, le smartphone permet de travailler la vision subjective et le cadre en mouvement. Il peut être utilisé pour filmer l’autre, dans le cas de rencontres réelles. Nous avons proposé différents exercices aux étudiants : réalisation d’un contre-selfie vidéo avec le smartphone, plan-séquence réalisé dans une pièce de sa maison… Nous essayons de déplacer chaque outil numérique vers des gestes de cinéma. Dans ce cadre, le smartphone est utilisé comme une caméra-poing. Il peut devenir le prolongement du corps du filmeur.

La webcam : les étudiants l’utilisent en tant que filmés, pour partir à la rencontre d’un Autre sur le web. Nous demandons aux étudiants de réaliser un entretien via un logiciel de visiophonie avec une personne qu’il n’aurait pas pu rencontrer dans leur vie quotidienne (éloignement géographique, social, etc.). En termes de dispositif, la webcam est utilisée pour travailler le cadre fixe, le champ et le hors-champ.

Internet : les participants occupent la place d’internaute, une place qui reste encore à définir, entre spectateur du monde tel qu’il est représenté sur le web et monteur d’images numériques diffusés en ligne. L’objectif est de travailler cette relation ambivalente et mouvante au monde extérieur à travers l’utilisation d’applications et d’interfaces sans cesse renouvelées. Nous avons souvent débuté l’atelier par un autoportrait réalisé par chaque étudiant à partir de son usage du web qui permettait d’initier la réflexion sur cette place singulière que génère le web et les applications qui en découlent.

Chaque exercice est annoncé et préparé durant une première séance d’atelier, notamment par la diffusion d’extraits de films de cinéma. A la séance suivante, nous visionnons les propositions des participants en projection, avec l’ensemble du groupe. Ces exercices ne sont pas uniquement techniques. Ils amènent les étudiants à questionner leur usage quotidien des outils numériques. C’est aussi, pour chacun, une manière de se dévoiler, de prendre conscience de sa subjectivité, de sa capacité à créer mais aussi des limites qu’il souhaite poser dans ce qu’il donne à voir de son intimité. De notre côté, ces exercices nous permettent de transmettre les enjeux techniques et esthétiques du projet. Notre démarche est de proposer aux participants de travailler sur la mise en scène de leur intimité à partir du thème général du projet : « La maison et le monde ». L’appropriation des nouveaux outils numériques crée souvent une déterritorialisation des images produites. Nous les encourageons à déplacer l’usage de ces outils pour éviter de produire de l’uniformité, du non lieu, du non langage. Le point de départ du processus de création est donc l’inscription des participants dans leurs lieux réels et leurs territoires intimes. Cette phase nous permet enfin de faire connaissance avec l’univers personnel et esthétique de chaque étudiant.

Le rôle joué par les exercices dans la dimension créative de l’atelier ne doit pas être négligé et s’est affirmé d’année en année. Les exercices, associés aux séances de formation tenues pendant la première moitié d’un cycle annuel d’atelier, ont en effet été pensés pour être une initiation à la création. Ils ont d’ailleurs été modifiés, réinventés parfois, au fil des expériences antérieures.  Chaque année, certains d’entre eux ont été le point de départ de films. Réalisés pour certains individuellement, ils nous ont permis d’identifier des centres d’intérêt, des approches et sensibilités communes ou entrant en résonance entre certains participants, et nous ont souvent guidés dans la formation des duos/trios de réalisation. Ils ont ainsi été à maintes reprises l’occasion d’explorer une forme, un sujet qui est ensuite devenu le cœur d’un film à venir, en tant qu’esquisse du film, ou même en devenant séquence du film à part entière. La légèreté des outils numériques, leur aspect quotidien peut vite donner le sentiment aux participants que les exercices ne sont « que » des galops d’essais sans enjeu artistique. Il convient donc toujours de rappeler, et peut-être plus encore dans le cadre de l’utilisation d’un téléphone portable, que toute image tournée, tout son enregistré met en jeu celui qui le produit et ce, celle ou celui qui est filmé. La consigne des exercices, comme les extraits (images ou textes) qui l’accompagnent, doit mettre en avant la dimension créatrice. Le terme d’exercice n’est d’ailleurs pas totalement approprié, sauf si l’entraînement qu’il suppose est conçu comme une dynamique, porteuse de films à venir, que personne n’a encore imaginés ou rêvés. Nous croyons à la pratique de ces « petites formes » parce que du geste, du faire, émerge aussi l’envie de création et même l’idée, qui n’est pas acquise pour certains participants, que faire un film est possible. Le regard sur l’outil change dans cette première phase de l’atelier, amenant à le reconsidérer dans son usage quotidien mais aussi à désinhiber celui qui s’en empare.

A l’issue de cette première phase, à partir de ce que nous avons découvert des uns et des autres, des formes inventées au cours de ces exercices, nous sommes en capacité de composer les duos ou trios d’étudiants qui réaliseront les films.

Deuxième phase

De janvier à mars, nous débutons une nouvelle phase du projet : les duos ou trios de réalisation sont constitués. Nous amorçons alors un travail d’écriture avec chacun d’entre eux. Souvent, les exercices ont fait émerger une rencontre, un point de vue ou un dispositif que le groupe souhaite prolonger. Notre suivi consiste alors à accompagner les groupes de manière compréhensive et exigeante : nous cherchons à faire émerger, pour chacun, un point de vue personnel et un dispositif cohérent. C’est le processus classique de réalisation d’un film. Car les courts-métrages doivent être de véritables tentatives de cinéma, au sens où l’écrivait Serge Daney : « il y a cinéma là où il y a rencontre (voyage, trip, expérience), il y a audiovisuel là où il y a programme (tourisme clés en mains) ». Le numérique offre de nouveaux outils, de nouvelles possibilités de récit, mais ne change pas fondamentalement cette distinction. Circulent sur internet beaucoup de formes stéréotypées, convenues, qui reprennent des formes télévisuelles. L’accent est mis sur l’invention, la recherche de formes surprenantes : comment ces nouveaux outils permettent de travailler de manière singulière les images, les sons, le langage pour partager un sentiment, une expérience, un point de vue, et amener le spectateur là où il n’aurait jamais imaginé aller.

A partir du mois du mois d’avril, les groupes partent en tournage de manière autonome.
Nous les retrouvons au mois de mai pour le montage des films. Cette phase débute par une initiation technique et artistique au montage : nous cherchons à rendre les groupes le plus autonome possible tout en leur demandant de respecter des étapes dans le processus de montage : visionnage des rushes, choix de plans ou de séquences clés, réalisation d’un bout à bout, montage final. Nous les laissons travailler et les retrouvons régulièrement tout au long de ces étapes de travail. Nous visionnons leurs propositions à trois : nos retours sont souvent différents. Cette différence montre aux étudiants qu’il n’y a jamais un seul chemin possible dans un processus de création. Et que c’est à eux d’avancer librement dans leur projet de film.

L’atelier se termine par une diffusion au cinéma Utopia Manutention d’Avignon. C’est un temps fort pour les étudiants qui se confrontent, souvent pour la première fois, à un public. Ils ont vécu ainsi une véritable expérience de création.

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